Calendrier de l’Avent – 10

«  Papa, papa, regaaaaaarde ! Celle-là, elle briiiille ! »

La petite fille zigzague entre les rayons, court d’un article à un autre : « Papaaaa, papaaaa ! »

Ses yeux pétillent et ses mains attrapent tout ce qui est à sa portée. Définitivement, le rayon des décorations de Noël est son préféré ! Tout est splendide, tout scintille… en plus, cette année, il a été décidé que le vieux sapin en plastique vert serait mis aux encombrants et remplacé par un vrai, et que toutes les décorations seraient renouvelées. Il faut « repartir de zéro », comme lui a dit son papa. Ça ne va pas être bien compliqué : de toute façon, sa mère n’était jamais à la maison, avant. Et les rares fois où elle la voyait, elle n’avait le droit à aucune parole, aucun câlin ou bisou. S’apercevait-elle seulement que Lou existait ? Mais son papa, lui, l’aime très fort. Et ça, ça la comble par-dessus tout. Au moins autant que beaucoup de mamans.

Et son papa, fatigué, appuyé contre le chariot, la voit arriver les bras chargés de son butin. Après avoir déposé tous ses trésors, elle lui saute dans les bras et lui murmure à l’oreille : « Je t’aime papa… » Et ce dernier la serre très fort contre lui. C’est fou comme il l’aime, lui aussi.

C’est le moment de passer à la caisse : Lou, sur la pointe des pieds, dépose précautionneusement ses trouvailles sur le tapis roulant. Le caissier voit bien qu’elles la tiennent à cœur, alors il scanne les codes et repose chaque objet avec douceur. La petite fille s’en est aperçue, et, enchantée, l’interroge : « Bonjour ! Comment tu t’appelles ? »

Son papa lui fait les gros yeux, mais le vendeur répond avec un large sourire : « Camille !
– Mais, relève-t-elle, c’est un prénom de fille, Camille ! »
Il éclate de rire et lui explique avec un large sourire que, certes, de nombreuses filles s’appellent ainsi, mais que les garçons aussi peuvent porter ce prénom. Sceptique, la petite fille acquiesce, et sort d’un air songeur du magasin.

Plus loin dans la rue, une jeune femme assise par terre remarque l’air sérieux de Lou, et, malgré le froid et la faim, sourit.

Calendrier de l’Avent – 2

Hier, il neigeait, mais aujourd’hui, il pleut. Une pluie grise et triste, qui s’insinue partout, portée par le vent.

Marine court dans la rue. Avec ces rafales, elle n’a même pas pu prendre son parapluie. Alors, ses cheveux mouillés battent contre ses tempes au rythme de ses foulées, et les gouttes d’eau dégringolent le long de son visage, de son cou. Il fait nuit, et sur son passage les lumières des décorations de Noël scintillent. Elle n’aime pas Noël. Elle n’aime plus.

Quand elle était petite, toute la famille se retrouvait et passait décembre au pied du sapin, tout contre la cheminée, à manger des bonnes choses et à déballer des cadeaux. Mais la famille s’est fâchée et les grands-parents sont partis, achevant de briser ces minces liens qui la rassemblaient encore.

Maintenant, les deux semaines de vacances de Noël sont uniquement du temps en plus pour se disputer.
Elle arrive enfin au lycée, grimpe les deux étages qui la séparent de sa chambre, se jette sur son lit. Et pleure.

Ses larmes coulent comme la pluie au dehors, sans fin.
Noël, noël, que des foutaises ! Des sornettes pour se faire du fric, pour vendre encore plus ! C’est pas un moment pour s’aimer. On peut s’aimer tout le temps, toute l’année !
Son corps, recroquevillé sur son lit, est secoué par les sanglots.