As-tu déjà été heureux ? / Have you ever been happy?

The text in English is just above the one in French

As-tu déjà été heureux ?
Inspire, expire avec douceur, ferme les yeux. Inspire lentement, profondément. Expire.
As-tu déjà été heureux ?
Écoute ton coeur battre, essaie de sentir ton corps vivre. Le sang galope dans tes veines, tes poumons se gonflent et se dégonflent. C’est toi, tu es bien là.
Le vent fait frémir ta peau, juste un peu, un tout petit peu. Tu ressens quelque chose, maintenant, quelque chose de doux et de frais. Tu es calme, paisible.
As-tu déjà été heureux ?
Tu ouvres les yeux. Toutes ces couleurs, ces sensations, ces sons, ces odeurs et ces goûts autour de toi ; toutes ces choses à découvrir.
La vie est simple, la vie est belle. La vie fait parfois mal, la vie fait parfois pleurer, la vie fait mourir. Mais la vie est incroyablement belle.
Tu es heureux.

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Have you ever been happy?
Breathe in, breathe out softly, close your eyes. Breathe in slowly, deaply. Breathe out.
Have you ever been happy?
Listen to your beating heart, try to feel your living body. Your blood gallops in your veins, your lungs fill up with oxygen, empty. It is you, you are really here.
The wind makes your skin quiver, just a bit, a little bit. You feel something, now, something soft and fresh. You are calm, peaceful.
Have you ever been happy?
You open your eyes. All these colors, these feelings, these sounds, these smells and tastes around you ; all these things to discover.
Life is simple, life is beautiful. Life sometimes hurts, life sometimes makes you cry, life makes you die. But life is unbelievably beautiful.
You are happy.

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Prison dorée

Un texte que j’ai retrouvé dans mes tiroirs, dix mots imposés si je me souviens bien, à vous de me dire s’ils se remarquent.

Ça lui était tombé dessus, d’un coup, un soir d’été. Il avait bien essayé de se protéger, de détourner le regard : il savait pourtant que ça ne le lâcherai pas de sitôt. Mais rien n’y avait fait.

Derrière sa maison de vacances se trouvait un jeune bois percé d’une clairière, dans laquelle était bâti un vieil atelier. On ne savait plus trop à qui elle appartenait, cette cabane envahie par les oiseaux. Il fallait dire que le lieu avait un certain cachet, parsemé de fleurs, blotti dans l’écrin des arbres : aucun vis-à-vis, pas de voisins bruyants, c’était la demeure idéale. Alors, souvent, il allait s’y réfugier lorsqu’il voulait un peu de calme, loin des groupes de jeunes qui s’agitaient sur la plage. Contrairement à tous ceux de son âge, il n’aimait pas faire partie d’une équipe, d’un clan ; il préférait évoluer en solitaire, au gré de ses envies. Jusqu’à ce jour.

Quand il s’était approché de son refuge, il avait entendu un son ; quelque chose de grave, comme une voix d’homme. Un peu effrayé, il s’était tout de même avancé et ce qu’il avait vu l’avait fasciné : devant l’atelier était posé un poste de radio et un bouquet de fleur sauvages. Mais surtout, un peu plus loin, une jeune fille dansait. Ce qu’il avait pris quelques minutes auparavant pour une voix était en fait la chaude caresse d’un violoncelle, qui enveloppait la danseuse comme un homme l’aurait fait, avec un savoir-faire unique. Et, dans sa poitrine, ce fut comme un coup de foudre d’une force incroyable : son cœur se mit à palpiter plus fort, un frisson intense parcourut son être.

Il fut soudain jaloux de l’instrument, et, sur un coup de tête, alla couper le chant de son rival en arrachant l’alimentation. Silence. La belle danseuse s’était arrêtée net, le dévisageant avec un air mêlé de peur et de surprise : il l’avait prise dans ses bras et ils ne s’étaient jamais plus quittés. Voilà comment il avait rencontré, un soir d’été, son premier et son dernier amour, celle qui lui avait volé sa liberté et son cœur.

Peut-être une explication : Amour

Amour. Ce texte a suscité quelques réactions, sur le blog et ailleurs. L’avis général était que la passion amoureuse était certes une belle chose, mais qui ne durait malheureusement pas. Ce sentiment, pour ce que j’ai compris de vos messages, ne s’atteint qu’en tombant amoureux d’une autre personne, femme ou homme, vieille ou jeune, grande ou petite. Or, ce dont je parlais dans le texte, ce n’était pas uniquement de cette passion. Je voulais parler de l’amour en général, en particulier, ce sentiment puissant qui est comme une drogue, pour certains. C’est en tout cas ce sentiment, je pense, qui nous fait battre le cœur à tant de moments. En face d’un beau paysage, votre cœur ne s’est-il jamais arrêté un moment de battre, pour ensuite reprendre de plus belle ? Vos mains n’ont-elles jamais tremblées un peu, et vos jambes ? Vous étiez peut-être amoureux. Quoi ? Oui ! Rien qu’un instant, d’un paysage, de la vie. J e peux le dire, je tombe amoureuse plusieurs fois par semaine. Rien de bien méchant, rien de bien sérieux, ce n’est pas ce sentiment amoureux qui va mener à une relation avec quelqu’un, une histoire d’amour où deux personnes s’aident et s’épaulent. Non, un éclair dans le cœur fulgurant, intense. Magnifique. Cela peut-être en rencontrant des inconnus, en pleine rue, par exemple. Un poème décrit très bien cela : « A une passante », de Charles Baudelaire. C’est de cela dont je voulais parler, dans ce texte, des sentiments amoureux qui relèvent peut-être de la folie, et, qui sont comme une drogue à certains. Mais c’est vrai que lorsqu’un texte est écrit, il vit sa propre vie dans les esprits, et l’écrivain redevient un lecteur parmi tant d’autres. Ce texte-ci est absolument subjectif, et reflète mon opinion personnelle : je suis ouverte au dialogue sur ce sujet, tous vos avis sont les bienvenus, et vos commentaires sur ce genre d’articles, que je ne risque pas de commettre bien souvent.

Calendrier de l’Avent – 24

            Ce soir, c’est Noël. Pour certains, c’est une soirée passée à la messe, pour d’autres, une nuit à attendre le Père Noël, ou une naissance.

Aujourd’hui, Lou se réveille en sursaut et descend au pied du sapin, vérifier si les cadeaux ne sont pas déjà là. Son papa remarque son manège, et, en rigolant, lui fait remarquer qu’il ne lui reste plus qu’un jour à patienter pour avoir les cadeaux. Alors la petite sourit et part réveiller Gabrielle avec un câlin, comme tous les matins.

L’après-midi, Lou est partie chez un ami et Marc emmène Gabrielle faire les magasins : il lui faut une robe pour offrir à une amie et, vu son absence de goût -il le dit lui-même- il lui faut quelqu’un pour l’aider. Alors les deux adultes partent en direction du centre commercial le plus proche. Ils font un, deux, trois magasins, mais rien ne leur plaît. Gabrielle essaie bien quelques vêtements, mais rien ne réussit à les convaincre. Elle lui demande alors les goûts de son amie : « Quelque chose de simple, pas ces trucs qu’on a vu avec toutes les paillettes, ou alors le machin qui ressemblait à un sac plastique… »

Gabrielle éclate de rire devant son air désespéré et lui fait remarquer que les magasins vont bientôt fermer, qu’ils doivent se dépêcher. Alors, ils en tentent un dernier. A peine entrée, elle se dirige vers une robe noire, longue, parcourue par une sorte de fil argentée. Ses yeux brillants se tournent vers Marc et elle lui demande d’une voix fébrile : « Tu penses que ça lui plairait ? »

            Elle l’essaie et rougit en se voyant dans le miroir. Ses épaules sont découvertes, son dos également est laissé nu : seuls quelques fils entrelacés le parcourent. Le tissu couvre ses pieds et glisse derrière elle quand elle se déplace, dans un doux bruissement. Marc s’exclame que c’est parfait, que son amie l’adorera. Content, il passe à la caisse tandis que la jeune femme regarde à nouveau son reflet, les yeux brouillés de larmes : elle n’a l’air de rien, dans ses vêtements trop grands.

Le soir, après sa douche, elle rentre dans sa chambre emmitouflée dans sa serviette et aperçoit sur son lit la robe noire, accompagnée d’un mot : « Joyeux Noël, Gabrielle »

En bas, près du sapin, Lou et Marc rient.

 

Calendrier de l’Avent – 3

Le ciel est bleu aujourd’hui, un bleu féroce, acide, glacé. Il fait froid. Mais pas un froid léger, apaisant : un froid piquant, qui s’insinue sous les manteaux, les écharpes et les bonnets.

Quand il respire, une douce fumée blanche sort des narines de Camille. Même s’il tremble un peu à cause de la température, il est calme. Le jeune homme avance tranquillement dans la rue, les mains dans les poches, pour se rendre à son travail. Tous les matins, il prend de l’avance, pour pouvoir se détendre le temps du trajet, en faire une promenade. Et prendre son temps.

Non, vraiment, il n’a pas hâte d’être à nouveau au milieu du bruit des caisses enregistreuses, des courses que l’on pose, que l’on reprend, des enfants qui braillent et des vieux qui s’énervent. Il s’en passera encore un petit peu.

Il marche le long de l’avenue qui mène au supermarché dans lequel il travaille, et pense. Il a l’esprit ailleurs.
Quand on le regarde vaguement, il est comme tous les jeunes hommes de son âge, un peu séducteur, plutôt mignon. Mais si l’on prend la peine de s’attarder sur son visage, on s’aperçoit que ses traits sont tirés, qu’il semble éreinté. Comme s’il portait une charge trop lourde pour son âge. Comme s’il avait une responsabilité trop pesante.
Mais rien en lui ne se révolte. Il est calme.

D’autant plus que c’est bientôt Noël. On se réjouit, normalement, à Noël.

Calendrier de l’Avent – 1

Les nuages occupent le ciel depuis plusieurs jours maintenant. Ils prennent tout l’espace, sans vouloir laisser la place à un seul rayon de soleil, aussi mince soit-il. Cela fait presque une semaine que l’on n’a pas vu un petit bout de bleu ; la pluie menace sans jamais vraiment s’imposer.
Et Lou attend. On le lui a dit : le premier décembre, normalement, il neige. Décembre, c’est le mois de Noël, le mois des cadeaux, des marrons chauds, mais surtout, décembre, c’est le mois de la neige. Alors elle est postée devant sa fenêtre depuis le matin, grimpée sur un tabouret pour être assez haute. Mais elle en a un peu marre : il est bientôt midi et toujours aucun flocon en vue. Son visage affiche une petite moue boudeuse, ses yeux se fâchent et deviennent tout noir. Elle s’apprête enfin à redescendre de son tabouret, quand elle aperçoit un point blanc qui voltige dans l’air.
Elle marque un moment d’arrêt, ses yeux s’arrondissent et sa bouche s’entrouvre : « Oooh… « . C’est le premier flocon de l’hiver. Alors elle descend de son perchoir en sautant, traverse sa chambre, le couloir, dévale l’escalier et sort dans le jardin.
Elle saute dans tous les sens en gambadant, chante de joie : « Il neige, il neiiiiiige ! ». Son pyjama rose trop grand pour elle ondule dans sa danse, le vent ébouriffe ses cheveux. Comme s’ils l’avaient entendue, les flocons se font de plus en plus nombreux. Ils font mille détours avant de toucher terre, ou de se lover dans les douces mains de l’enfant. Lou sourit, émerveillée. Elle l’a tant attendue, cette neige promise, quel bonheur de pouvoir enfin la voir, la sentir fondre sur sa langue !
« Lou, ma puce, rentre, tu vas attraper froid ! » Alors la petite fille chuchote un mot d’au revoir à sa nouvelle amie, et retourne à l’intérieur de sa maison, au chaud. Elle remonte dans sa chambre, escalade à nouveau son tabouret, et s’appuie contre la vitre : c’est bientôt Noël.

Calendrier de l’Avent – Projet

Hier, je me suis aperçu que c’était bientôt le mois de Décembre. Ce mois, pour beaucoup d’entre nous, signifie calendrier de l’Avent, et donc chocolats pour petits et grands (même moi, je n’échappe pas à cette gourmandise).

Je me suis alors dit que j’aimerais, moi aussi, faire un calendrier de l’Avent. Je vois vos airs affamés d’ici : non, non, je ne vous enverrai pas de chocolats à chacun, ce serait trop cher ce ne serait pas bon pour votre santé ! J’ai donc décidé de publier, chaque jour, à 6h30, et ce jusqu’à Noël, un texte de l’Avent, comme un petit chocolat du matin.

En espérant que vous l’apprécierez, et le partagerez avec ceux que vous aimez.