L’arrêt d’autobus

Le ciel a revêtu son bleu clair des jours de fête et s’est paré de ses plus beaux nuages. Il a chassé le vent des hauteurs, accueilli le soleil qui lui avait tant manqué. Mais moi je suis coincée, sous mes habits d’hiver, sous mes habits de laine qui me protègent du froid, du vent. Je suis coincée sous cet abribus dont le sol est jonché de mégots, de chewing-gums gris, des douleurs de la ville. Il me semble que le vent s’acharne, qu’il aimerait bien retrouver sa liberté, faire encore voguer les nuages tout là haut. Mais les nuages, les nuages restent immobiles tout là haut et le vent s’entête, fait trembler, plier les vitres de l’abribus. Mais moi je suis coincée, sous mes habits d’hiver, sous mes habits de laine qui me protègent du froid, du vent. Mes cheveux flottent, veulent se libérer de l’élastique qui peine à les maintenir. Chaque rafale me déséquilibre et je manque plusieurs fois de tomber du banc de métal.

Plus tard, j’aimerais bien être un nuage, un beau nuage blanc et fier, qui noircit de colère ou se pare de rose au crépuscule. Un grand nuage, porté par les vents, qui regarderait les petites filles accrochées aux bancs de métal des abribus.

Un dimanche matin

Quelques mots venant de Thierry (Marée, rayon, écume, embruns, vent, plaisir).

J’aime bien le dimanche matin.
Généralement, ce jour là, c’est le soleil qui me réveille. Doucement, chaudement, il promène ses rayons sur  mon visage jusqu’à ce que  je m’éveille. Je prend le temps de m’étirer, petit à petit: des fois, il est vrai, je paresse un peu. Puis je sors de mes couvertures, me lève, attrape un pull et sautille jusqu’au salon. Je m’assois en tailleur sur mon vieux canapé et saisit le mot posé sur la table basse, toujours le même: « Je serai de retour vers 20h, prend soin de toi, je t’aime ». Je souris comme une enfant, à chaque fois. Posés sur un plateau, en face de moi, se trouvent un verre de jus d’orange frais, et deux croissant encore tièdes: il n’est pas parti travailler depuis très longtemps. Il sait bien ce qui me fait plaisir…
Et, chaque dimanche matin, assise sur le canapé, tout en sirotant mon jus de fruit, j’observe le tableau en face de moi. Le peintre y a représenté la mer. Et, à chaque fois, je m’y perd: les vagues se mettent à onduler, m’aspirent, m’attrapent, m’hypnotisent. Elles me traînent au large et je me laisse faire, je me prends à leur jeu, je rêve… Je suis l’eau, je suis l’embrun, je suis l’écume; le vent me porte, me berce. Je suis l’océan tout entier, furieux et calme, fougueux et sage, effrayant et familier…
En pleine mer, la marée ne se fait pas sentir, pourtant c’est elle qui me ramène, chaque dimanche matin, sur la plage de la réalité.