Défi #3 Le maniaque de la sauvegarde

Quand il rentra, le paquet l’attendait sur la table. Il l’ouvrit et ce qu’il vit le remplit d’effroi…

          Il le referma, vérifiant que son nom était bien inscrit dessus. Il l’était parfaitement, juste dans la case destinée, soigneusement tracé à la plume. Il fut parcouru d’un frisson : cette écriture lui était familière. Ses doigts tremblants repassèrent avec peur les lignes d’encre noire, et il comprit.

          Durant sa jeunesse, il avait passé plusieurs années de débauche aux États-Unis, pariant, fréquentant de nombreuses jeunes filles, vendant des substances pas vraiment légales. Celui qui l’avait aidé à se faire un nom dans le milieu s’appelait Oscar, c’était également lui le patron. Tous ses ennemis, ses anciens collaborateurs, ou même ceux qu’il prenait en grippe disparaissaient dans des circonstances douteuses. Et tous le savaient. Un jour il y avait eu une affaire un peu louche, un trafic plus gros que d’habitude. Discrètement, il avait réussi à le rouler, des quelques milliers seulement. Il avait pensé qu’il ne s’en apercevrait jamais.
Mais Oscar tenait ses comptes, très précisément, dans un petit carnet rouge.

          Et il était là, posé sur la table.

Froid

Parfois une image peut provoquer une vague d’émotions…

Elle se mord les lèvres. Autrefois pulpeuses, brillantes, désirables, ce ne sont plus que deux bouts de peau gercées, deux plaies ouvertes. Ses grands yeux bleus se lèvent vers le ciel. D’ailleurs ils en ont la couleur, de ce plafond sans fin, sans nuages pour conserver un peu de chaleur. Le soleil est presque blanc, comme s’il était lui aussi recouvert par la neige, par le froid. Ses pauvres petits rayons ne chauffent rien, ils éclairent juste la vaste plaine déserte. Pas âme qui vive. Personne. Ou bien ils sont morts.
Elle se retourne vers son compagnon, épuisée:
« Ne devrait-il pas y avoir un village ?
-Si… »
Mais il n’y a rien. Juste une blancheur infinie, désespérante…
Les mains glacées de la jeune femme, enserrées dans des gants de fourrures percés, serrent un peu plus les rênes. Ses jambes, gelées elles aussi, se contractent contre le flanc de sa monture.
« Ils faut avancer quand même mon Amour » annonce l’homme qui se rapproche d’elle, et pose délicatement une main sur les siennes.
Les deux chevaux partent au pas, exténués.