L’arrêt d’autobus

Le ciel a revêtu son bleu clair des jours de fête et s’est paré de ses plus beaux nuages. Il a chassé le vent des hauteurs, accueilli le soleil qui lui avait tant manqué. Mais moi je suis coincée, sous mes habits d’hiver, sous mes habits de laine qui me protègent du froid, du vent. Je suis coincée sous cet abribus dont le sol est jonché de mégots, de chewing-gums gris, des douleurs de la ville. Il me semble que le vent s’acharne, qu’il aimerait bien retrouver sa liberté, faire encore voguer les nuages tout là haut. Mais les nuages, les nuages restent immobiles tout là haut et le vent s’entête, fait trembler, plier les vitres de l’abribus. Mais moi je suis coincée, sous mes habits d’hiver, sous mes habits de laine qui me protègent du froid, du vent. Mes cheveux flottent, veulent se libérer de l’élastique qui peine à les maintenir. Chaque rafale me déséquilibre et je manque plusieurs fois de tomber du banc de métal.

Plus tard, j’aimerais bien être un nuage, un beau nuage blanc et fier, qui noircit de colère ou se pare de rose au crépuscule. Un grand nuage, porté par les vents, qui regarderait les petites filles accrochées aux bancs de métal des abribus.

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Désolée de ne pas être très présente, voici un petit texte pour me faire pardonner, passez un bon dimanche ♥

Le soir est doux, lent, paisible. Ou peut-être a-t-elle cette impression car elle est épuisée, sa journée a été longue, trop longue pour une petite fille comme elle. Les lumières de la ville passent à travers les vitres de la voiture et courent sur son visage. Le chaos de la route la berce, sa tête s’affaisse un peu. Elle a beaucoup joué, aujourd’hui, beaucoup couru et papillonné à droite, à gauche. C’est épuisant une vie d’enfant, en fin de compte. Ses paupières s’abaissent petit à petit sur ses yeux fatigués, jusqu’à se fermer complètement. Dans son esprit s’invitent les cris des autres enfants, leurs rires l’emmènent dans ses rêves. Sa petite main qui serrait son ours en peluche se détend, ce dernier semble sourire : elle peut encore rêver, encore un tout petit peu, même si ce taxi la conduit vers la réalité. Il en sera toujours ainsi : les minutes, les heures et les jours couleront encore lorsqu’elle aura dix, vingt, cinquante ans de plus, la réalité reviendra la chatouiller, la sortant de son bonheur.

Calendrier de l’Avent – 12

            « Bonne journée madame, à bientôt ! »

Avec son sourire éclatant, Camille attire la gente féminine du centre commercial dans son intégralité, toutes les femmes font la queue pour que ce soit lui qui s’occupe de leurs emplettes. Alors, même lorsqu’il est triste, songeur, il ne peut se permettre de ne pas sourire : c’est le chiffre d’affaire du magasin qui est en jeu ! En quelques années, il en a vu défiler, des personnes différentes…

C’est fou comme on peut deviner la vie d’une personne à ce qu’elle place sur le tapis roulant. Une vieille dame arrive avec plusieurs kilos de nourriture, alors que d’habitude elle n’achète presque rien à manger ? Ne cherchez pas, ses enfants et petits-enfants viennent la voir. Une femme aux yeux cernés achète des boules quies ? Il y a de fortes chances pour qu’elle ait un bébé, surtout si son achat est assorti de petits pots de compote, ou autre aliment pour enfants. Une jeune fille passe uniquement avec une tablette de chocolat ? Une peine, un chagrin d’amour, sans doute. Surtout lorsqu’elle regarde Camille avec insistance quand il lui rend la monnaie.

En plus, c’est bientôt Noël, et les clients débarquent à la caisse les bras chargés de cadeaux plus ou moins conseillés ; ils sont souvent énervés par l’affluence, la tension, leur journée de travail, et ne prennent pas le temps de vivre. De faire les choses tout simplement, de profiter de chaque petit moment que nous accorde notre existence.

Mais, l’autre jour, une petite fille a illuminé sa journée. Elle respirait la joie ; elle était tellement fraîche, vive, innocente. Son papa avait l’air fatigué, mais sa fille semblait son unique raison de vivre, et pour elle, il aurait tout fait.

Alors, Camille repense à son père, là-bas, dans cet étage silencieux de l’hôpital, et son sourire s’efface. Il termine de passer les articles de la cliente suivante, et demande, armé d’un sourire forcé : « Cinquante-six euros soixante, s’il vous plaît ! »

Calendrier de l’Avent – 11

Gabrielle ouvre doucement les yeux : le soleil se lève à peine, mais la circulation s’intensifie déjà.

Cette nuit pourtant, la ville était assoupie, blottie dans un lourd manteau blanc. Tous les bruits semblaient étouffés, pris au piège dans la blancheur et l’épaisseur de la neige. Alors, bercée par les murmures du vent, Gabrielle a pu s’endormir.
Et ce matin, quand elle s’est réveillée, elle serrait contre elle une peluche de Noël. Au début, elle s’est demandé d’où elle la tenait, comment elle avait bien pu la récupérer.

Et soudain, les souvenirs sont revenus.
La veille, elle avait vu une petite fille et son papa sortir du centre commercial d’à côté, les bras pleins de décorations de Noël. Elle avait esquissé un sourire : ils avaient tous deux l’air si heureux, ensemble. La petite fille l’avait remarqué, car elle s’était dirigée vers elle. Elle lui avait tout d’abord demandé son prénom, puis si elle n’avait pas froid, comme ça, dehors. Gabrielle avait été touchée par sa question, mais l’avait esquivé en lançant un autre sujet de conversation : Noël.

Calendrier de l’Avent – 10

«  Papa, papa, regaaaaaarde ! Celle-là, elle briiiille ! »

La petite fille zigzague entre les rayons, court d’un article à un autre : « Papaaaa, papaaaa ! »

Ses yeux pétillent et ses mains attrapent tout ce qui est à sa portée. Définitivement, le rayon des décorations de Noël est son préféré ! Tout est splendide, tout scintille… en plus, cette année, il a été décidé que le vieux sapin en plastique vert serait mis aux encombrants et remplacé par un vrai, et que toutes les décorations seraient renouvelées. Il faut « repartir de zéro », comme lui a dit son papa. Ça ne va pas être bien compliqué : de toute façon, sa mère n’était jamais à la maison, avant. Et les rares fois où elle la voyait, elle n’avait le droit à aucune parole, aucun câlin ou bisou. S’apercevait-elle seulement que Lou existait ? Mais son papa, lui, l’aime très fort. Et ça, ça la comble par-dessus tout. Au moins autant que beaucoup de mamans.

Et son papa, fatigué, appuyé contre le chariot, la voit arriver les bras chargés de son butin. Après avoir déposé tous ses trésors, elle lui saute dans les bras et lui murmure à l’oreille : « Je t’aime papa… » Et ce dernier la serre très fort contre lui. C’est fou comme il l’aime, lui aussi.

C’est le moment de passer à la caisse : Lou, sur la pointe des pieds, dépose précautionneusement ses trouvailles sur le tapis roulant. Le caissier voit bien qu’elles la tiennent à cœur, alors il scanne les codes et repose chaque objet avec douceur. La petite fille s’en est aperçue, et, enchantée, l’interroge : « Bonjour ! Comment tu t’appelles ? »

Son papa lui fait les gros yeux, mais le vendeur répond avec un large sourire : « Camille !
– Mais, relève-t-elle, c’est un prénom de fille, Camille ! »
Il éclate de rire et lui explique avec un large sourire que, certes, de nombreuses filles s’appellent ainsi, mais que les garçons aussi peuvent porter ce prénom. Sceptique, la petite fille acquiesce, et sort d’un air songeur du magasin.

Plus loin dans la rue, une jeune femme assise par terre remarque l’air sérieux de Lou, et, malgré le froid et la faim, sourit.

Calendrier de l’Avent – 1

Les nuages occupent le ciel depuis plusieurs jours maintenant. Ils prennent tout l’espace, sans vouloir laisser la place à un seul rayon de soleil, aussi mince soit-il. Cela fait presque une semaine que l’on n’a pas vu un petit bout de bleu ; la pluie menace sans jamais vraiment s’imposer.
Et Lou attend. On le lui a dit : le premier décembre, normalement, il neige. Décembre, c’est le mois de Noël, le mois des cadeaux, des marrons chauds, mais surtout, décembre, c’est le mois de la neige. Alors elle est postée devant sa fenêtre depuis le matin, grimpée sur un tabouret pour être assez haute. Mais elle en a un peu marre : il est bientôt midi et toujours aucun flocon en vue. Son visage affiche une petite moue boudeuse, ses yeux se fâchent et deviennent tout noir. Elle s’apprête enfin à redescendre de son tabouret, quand elle aperçoit un point blanc qui voltige dans l’air.
Elle marque un moment d’arrêt, ses yeux s’arrondissent et sa bouche s’entrouvre : « Oooh… « . C’est le premier flocon de l’hiver. Alors elle descend de son perchoir en sautant, traverse sa chambre, le couloir, dévale l’escalier et sort dans le jardin.
Elle saute dans tous les sens en gambadant, chante de joie : « Il neige, il neiiiiiige ! ». Son pyjama rose trop grand pour elle ondule dans sa danse, le vent ébouriffe ses cheveux. Comme s’ils l’avaient entendue, les flocons se font de plus en plus nombreux. Ils font mille détours avant de toucher terre, ou de se lover dans les douces mains de l’enfant. Lou sourit, émerveillée. Elle l’a tant attendue, cette neige promise, quel bonheur de pouvoir enfin la voir, la sentir fondre sur sa langue !
« Lou, ma puce, rentre, tu vas attraper froid ! » Alors la petite fille chuchote un mot d’au revoir à sa nouvelle amie, et retourne à l’intérieur de sa maison, au chaud. Elle remonte dans sa chambre, escalade à nouveau son tabouret, et s’appuie contre la vitre : c’est bientôt Noël.

Description

Une petite description (je sais, le titre n’est pas terrible, si vous avez des idées…)

Deux yeux pétillants de vie, cachés sous une pluie de cheveux bouclés. Et aussi un sourire qui vous attendrirait le plus féroce des guerriers: ce sont les premières choses que l’on voit quand on la rencontre. Après on découvre ses tâches de rousseurs, son nez légèrement en trompette, ses deux joues qu’on aurait envie de croquer. Souvent elle porte une petite chaîne en or autour du cou, à laquelle est accrochée un A. Ses habits ? Elle n’y fait pas vraiment attention: le matin elle saisit rapidement ceux du dessus de la pile et se retrouve généralement avec un débardeur et un sweat trop grand pour elle, qui couvre son jean délavé. Elle ne quitte jamais ses converses vertes.