Calendrier de l’Avent – 3

Le ciel est bleu aujourd’hui, un bleu féroce, acide, glacé. Il fait froid. Mais pas un froid léger, apaisant : un froid piquant, qui s’insinue sous les manteaux, les écharpes et les bonnets.

Quand il respire, une douce fumée blanche sort des narines de Camille. Même s’il tremble un peu à cause de la température, il est calme. Le jeune homme avance tranquillement dans la rue, les mains dans les poches, pour se rendre à son travail. Tous les matins, il prend de l’avance, pour pouvoir se détendre le temps du trajet, en faire une promenade. Et prendre son temps.

Non, vraiment, il n’a pas hâte d’être à nouveau au milieu du bruit des caisses enregistreuses, des courses que l’on pose, que l’on reprend, des enfants qui braillent et des vieux qui s’énervent. Il s’en passera encore un petit peu.

Il marche le long de l’avenue qui mène au supermarché dans lequel il travaille, et pense. Il a l’esprit ailleurs.
Quand on le regarde vaguement, il est comme tous les jeunes hommes de son âge, un peu séducteur, plutôt mignon. Mais si l’on prend la peine de s’attarder sur son visage, on s’aperçoit que ses traits sont tirés, qu’il semble éreinté. Comme s’il portait une charge trop lourde pour son âge. Comme s’il avait une responsabilité trop pesante.
Mais rien en lui ne se révolte. Il est calme.

D’autant plus que c’est bientôt Noël. On se réjouit, normalement, à Noël.

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Des jours comme ça

Fait en atelier d’écriture, en quelques minutes.

Il y a des jours comme ça.
Des jours comme ça, des jours comme si, comme si rien n’allait plus. Il pleut, l’océan se déverse; le chien aboie, le bébé pleure. Et puis toi tu te retrouves là. Assis. Bloqué. Enfermé. Il y a des jours comme ça où tu te demande ce que tu fais, entre les voitures qui bourdonnent et les sirènes qui hurlent. Des jours où tu aimerais bien partir.
Des jours comme ça.

Un clou

Ecrire sur un clou ? Mais que dire, surtout quand aucune consigne n’est donnée…

          Un clou. Juste un clou posé sur une simple table. Couché, comme renversé par plus fort que lui. Les bords de sa base sont un peu abimés, et il n’est plus très droit. La rouille commence à l’attaquer, doucement mais sûrement. Bien sûr il a été luisant, brillant, droit et pointu ! Quand il était jeune, tout droit sorti de l’usine il avait été acheté par un tout jeune père de famille. Il soupire. Comme il était fougueux, impatient de servir, de maintenir, c’était son rôle de clou après tout ! Et un jour, effectivement, on l’avait cloué. Il ne sait même plus à quoi, pourquoi. Tout fier il avait tenu, longtemps. Il avait commencé à vieillir, aussi, petit à petit. Le temps faisait son travail, année après année. Et puis un jour il était tombé. Sûrement à cause de l’adolescent de la maison qui avait encore une fois claqué la porte. Il était resté par terre quelques jours. Puis la mère l’avait aperçu et jeté sur la table en disant que la petite aurait pu se blesser et qu’elle en avait marre de cette maison. Et elle avait claqué la porte. Maintenant il attendait. Quoi ? Que quelqu’un le récupère et le jette, qu’il finisse sa vie de clou. Il avait hâte.