Le Goulag

Un autre texte écrit en club écriture, à partir d’un extrait du roman d’Alexandre Soljenitsyne, Une journée d’Ivan Denissovitch.

La neige ne lâchait jamais vraiment l’affaire, en Sibérie. Peut-être que c’était pour punir tous ceux qu’on envoyait là, s’était un jour dit le plus jeune des gardiens. Peut-être que c’était pour étouffer leurs voix, pour les faire taire parce qu’ils cherchaient à détruire le pays. Peut-être que c’était pour les ensevelir sous la poudreuse, les cacher afin que le monde ne les aperçoive pas, parce qu’ils auraient fait tâche. Peut-être que c’était pour ajouter à leur peine. Ou peut-être que c’était juste comme ça, et qu’il ne fallait pas chercher plus loin. Lui, le jeune gardien, il ne savait pas trop ce qu’il foutait là. C’était bien payé et puis même si on se pelait, la bouffe n’était pas mauvaise. Puis, ils étaient drôles, tous ces gars, à creuser, avec leurs mines grises et mornes. Ça faisait de l’animation.

Puis, de toute façon, c’était pas tellement bon de se poser des questions, comme ça, d’essayer de réfléchir. Il fallait qu’il fasse attention, il allait finir par se retrouver au Goulag.

Calendrier de l’Avent – 9

Marine attend le bus, emmitouflée dans son anorak, cachée sous son bonnet. Aujourd’hui il a fait froid et neigé à nouveau, le vent glacé a porté les flocons loin dans la ville, haut sur les toits.
La jeune fille a flâné toute la journée, traversant ces rues étroites qu’elle aime, encadrées par de minuscules magasins. Ils étaient tous décorés, en nuances de vert et de rouge, à grand renfort de guirlandes en papier vernis. Les vitrines avaient toutes étées soupoudrées de blanc, éclaircies par du coton, meublées pour certaines d’un traîneau, pour d’autres de figurines. Noël était déjà là.
Ce qu’elle aime, dans cette ambiance, ce n’est bien sûr pas les achats à tout prix, les dépenses superflues, mais le retour en enfance. Comment ne pas se sentir à nouveau enfant, entouré par toute cette magie ? À ce moment de l’année, son petit coeur bat un peu plus fort, surtout lorsqu’elle se promène au milieu des décorations, sous la neige.

Ce soir, elle n’a qu’un seul regret. Elle n’est pas retournée voir Gabrielle.
Elle a peut-être eu un peu peur, de s’attacher à elle, de se sentir à nouveau impuissante. Alors elle l’a laissée, seule, dans le froid, dans la rue.

Calendrier de l’Avent – 1

Les nuages occupent le ciel depuis plusieurs jours maintenant. Ils prennent tout l’espace, sans vouloir laisser la place à un seul rayon de soleil, aussi mince soit-il. Cela fait presque une semaine que l’on n’a pas vu un petit bout de bleu ; la pluie menace sans jamais vraiment s’imposer.
Et Lou attend. On le lui a dit : le premier décembre, normalement, il neige. Décembre, c’est le mois de Noël, le mois des cadeaux, des marrons chauds, mais surtout, décembre, c’est le mois de la neige. Alors elle est postée devant sa fenêtre depuis le matin, grimpée sur un tabouret pour être assez haute. Mais elle en a un peu marre : il est bientôt midi et toujours aucun flocon en vue. Son visage affiche une petite moue boudeuse, ses yeux se fâchent et deviennent tout noir. Elle s’apprête enfin à redescendre de son tabouret, quand elle aperçoit un point blanc qui voltige dans l’air.
Elle marque un moment d’arrêt, ses yeux s’arrondissent et sa bouche s’entrouvre : « Oooh… « . C’est le premier flocon de l’hiver. Alors elle descend de son perchoir en sautant, traverse sa chambre, le couloir, dévale l’escalier et sort dans le jardin.
Elle saute dans tous les sens en gambadant, chante de joie : « Il neige, il neiiiiiige ! ». Son pyjama rose trop grand pour elle ondule dans sa danse, le vent ébouriffe ses cheveux. Comme s’ils l’avaient entendue, les flocons se font de plus en plus nombreux. Ils font mille détours avant de toucher terre, ou de se lover dans les douces mains de l’enfant. Lou sourit, émerveillée. Elle l’a tant attendue, cette neige promise, quel bonheur de pouvoir enfin la voir, la sentir fondre sur sa langue !
« Lou, ma puce, rentre, tu vas attraper froid ! » Alors la petite fille chuchote un mot d’au revoir à sa nouvelle amie, et retourne à l’intérieur de sa maison, au chaud. Elle remonte dans sa chambre, escalade à nouveau son tabouret, et s’appuie contre la vitre : c’est bientôt Noël.

Défi #1 Mathis

Cette fois les mots viennent de Mathis. Ce texte a été le plus dur à écrire (Dieu, Maxence, chocolat, vache, ski, piste).

Deux enfants sont assis sur un banc.
« Cet hiver je suis allé au ski avec ma maman et même que on a fait la piste rouge.
– Même pas vrai, d’abord tu l’as pas fait !
– Si, et en plus après j’ai mangé le chocolat que la vache elle donnait.
– Mais les vaches ça fait pas de chocolat, toute façon mon grand frère il fait des gâteaux au chocolat et c’est le meilleur.
– Moi mon grand frère il s’appelle Maxence d’abord, et même qu’il veut qu’on l’appelle Dieu.
– Tu sais c’est quoi Dieu ?
– Ouai, c’est un super trop fort nuage !
– Un nuage ?
– Oui, ma maman elle dit toujours que Dieu il habite dans le ciel… ya que les nuages qui habitent dans le ciel ! »

Froid

Parfois une image peut provoquer une vague d’émotions…

Elle se mord les lèvres. Autrefois pulpeuses, brillantes, désirables, ce ne sont plus que deux bouts de peau gercées, deux plaies ouvertes. Ses grands yeux bleus se lèvent vers le ciel. D’ailleurs ils en ont la couleur, de ce plafond sans fin, sans nuages pour conserver un peu de chaleur. Le soleil est presque blanc, comme s’il était lui aussi recouvert par la neige, par le froid. Ses pauvres petits rayons ne chauffent rien, ils éclairent juste la vaste plaine déserte. Pas âme qui vive. Personne. Ou bien ils sont morts.
Elle se retourne vers son compagnon, épuisée:
« Ne devrait-il pas y avoir un village ?
-Si… »
Mais il n’y a rien. Juste une blancheur infinie, désespérante…
Les mains glacées de la jeune femme, enserrées dans des gants de fourrures percés, serrent un peu plus les rênes. Ses jambes, gelées elles aussi, se contractent contre le flanc de sa monture.
« Ils faut avancer quand même mon Amour » annonce l’homme qui se rapproche d’elle, et pose délicatement une main sur les siennes.
Les deux chevaux partent au pas, exténués.