Prison dorée

Un texte que j’ai retrouvé dans mes tiroirs, dix mots imposés si je me souviens bien, à vous de me dire s’ils se remarquent.

Ça lui était tombé dessus, d’un coup, un soir d’été. Il avait bien essayé de se protéger, de détourner le regard : il savait pourtant que ça ne le lâcherai pas de sitôt. Mais rien n’y avait fait.

Derrière sa maison de vacances se trouvait un jeune bois percé d’une clairière, dans laquelle était bâti un vieil atelier. On ne savait plus trop à qui elle appartenait, cette cabane envahie par les oiseaux. Il fallait dire que le lieu avait un certain cachet, parsemé de fleurs, blotti dans l’écrin des arbres : aucun vis-à-vis, pas de voisins bruyants, c’était la demeure idéale. Alors, souvent, il allait s’y réfugier lorsqu’il voulait un peu de calme, loin des groupes de jeunes qui s’agitaient sur la plage. Contrairement à tous ceux de son âge, il n’aimait pas faire partie d’une équipe, d’un clan ; il préférait évoluer en solitaire, au gré de ses envies. Jusqu’à ce jour.

Quand il s’était approché de son refuge, il avait entendu un son ; quelque chose de grave, comme une voix d’homme. Un peu effrayé, il s’était tout de même avancé et ce qu’il avait vu l’avait fasciné : devant l’atelier était posé un poste de radio et un bouquet de fleur sauvages. Mais surtout, un peu plus loin, une jeune fille dansait. Ce qu’il avait pris quelques minutes auparavant pour une voix était en fait la chaude caresse d’un violoncelle, qui enveloppait la danseuse comme un homme l’aurait fait, avec un savoir-faire unique. Et, dans sa poitrine, ce fut comme un coup de foudre d’une force incroyable : son cœur se mit à palpiter plus fort, un frisson intense parcourut son être.

Il fut soudain jaloux de l’instrument, et, sur un coup de tête, alla couper le chant de son rival en arrachant l’alimentation. Silence. La belle danseuse s’était arrêtée net, le dévisageant avec un air mêlé de peur et de surprise : il l’avait prise dans ses bras et ils ne s’étaient jamais plus quittés. Voilà comment il avait rencontré, un soir d’été, son premier et son dernier amour, celle qui lui avait volé sa liberté et son cœur.

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Premiers pas

Une très très belle musique… (Merci Caladis)

Mes paupières se lèvent, avec douceur, et mes yeux découvrent la lumière du soleil. En face de moi la mer est calme. L’eau ondule, claire et fraîche. Je me frotte le visage : j’ai l’impression d’avoir dormi longtemps. Mes jambes engourdies s’éveillent et semblent vouloir bouger. Une main de chaque côté du corps, appuyée sur les galets du rivage, je me soulève péniblement. Je suis debout. Je titube. Un peu comme quand font les grands quand ils ont trop bu.

Maintenant je tiens debout. Je suis encore un peu maladroit, je commence juste à vivre. De l’autre côté des vaguelettes, une gigantesque montagne trône, imposante, reine. Je tends la main pour la toucher, l’attraper, lui parler… Je pense très fort à ce que je veux lui dire…

Est ce que je peux te rejoindre, aller avec toi ?

Mon corps se soulève, mes talons se décollent du sol et je me tire vers le ciel. Avec lenteur, mes pointes de pieds elles aussi quittent la terre. Elle m’a entendue.. A chaque battement de mon coeur, à chacune de mes respirations, à chaque coup sur le tambour je m’hisse un peu plus.. Je vole la rejoindre…

Le violon

Le violon

La pièce est presque vide. Au centre se trouve une simple table, sur laquelle un étui est posé.

La porte s’ouvre. Une jeune femme entre d’un pas discret, et s’avance vers le milieu de la salle. Elle s’arrête au niveau de l’étui, semble réfléchir longuement. Puis elle décide qu’il est temps, pose sa main sur le tissu noir. Son corps paraît parcouru de frissons, de légers tremblements comme si elle entendait un coeur battre, qu’elle sentait la vie, ici, sous sa main. Ses doigts fins glissent sur la boîte et saisissent la fermeture.

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