Calendrier de l’Avent – 3

Le ciel est bleu aujourd’hui, un bleu féroce, acide, glacé. Il fait froid. Mais pas un froid léger, apaisant : un froid piquant, qui s’insinue sous les manteaux, les écharpes et les bonnets.

Quand il respire, une douce fumée blanche sort des narines de Camille. Même s’il tremble un peu à cause de la température, il est calme. Le jeune homme avance tranquillement dans la rue, les mains dans les poches, pour se rendre à son travail. Tous les matins, il prend de l’avance, pour pouvoir se détendre le temps du trajet, en faire une promenade. Et prendre son temps.

Non, vraiment, il n’a pas hâte d’être à nouveau au milieu du bruit des caisses enregistreuses, des courses que l’on pose, que l’on reprend, des enfants qui braillent et des vieux qui s’énervent. Il s’en passera encore un petit peu.

Il marche le long de l’avenue qui mène au supermarché dans lequel il travaille, et pense. Il a l’esprit ailleurs.
Quand on le regarde vaguement, il est comme tous les jeunes hommes de son âge, un peu séducteur, plutôt mignon. Mais si l’on prend la peine de s’attarder sur son visage, on s’aperçoit que ses traits sont tirés, qu’il semble éreinté. Comme s’il portait une charge trop lourde pour son âge. Comme s’il avait une responsabilité trop pesante.
Mais rien en lui ne se révolte. Il est calme.

D’autant plus que c’est bientôt Noël. On se réjouit, normalement, à Noël.

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Lettre à un professeur

L’autre jour, durant un atelier d’écriture, l’exercice était de continuer une lettre d’Arthur Rimbaud à son professeur, lequel lui reprochait de mener une vie de débauché. J’ai relevé le défi.

Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ?

Parce que quand je vois, monsieur, ce que deviennent les professeurs bien rangés, cela ne me donne pas envie de suivre leur voie. Tous ces gens, immobiles, englués dans un vague sentiment de satisfaction… mais satisfaits de quoi ? De rester à la place où on les a, il y a longtemps, déposé; de patiemment attendre que la poussière qui déjà les couvre les fasse disparaître, et qu’on les laisse, seuls, tranquilles ? Je ne vois rien de valorisant à rester enfermé dans cette cage, immobile.
Non, je ne veux pas de cette vie là. Je me révolte, je m’agite: je refuse de perdre un seul instant de mon existence. La meilleure façon d’éviter de subir le même sort que vous, monsieur, c’est de me plonger tout entier dans la précipitation de la jeunesse. Je vis avec les verres qu’on m’offre et les filles qu’on me paie: je profite de tous les plaisirs qui me sont donnés. Je découvre des choses merveilleuses, des sentiments extrêmes qu’une antiquité au coeur fossilisé ne pourrait même pas imaginer ressentir. Alors oui, peut être pensez vous que je m’y perds, que je ne suis rien, mais alors vous ne connaissez  -et ne connaîtrez jamais- le bonheur d’être en vie.
Certes, je m’encrapule, mais je suis un homme heureux. Heureux et vivant.

Le violon

Le violon

La pièce est presque vide. Au centre se trouve une simple table, sur laquelle un étui est posé.

La porte s’ouvre. Une jeune femme entre d’un pas discret, et s’avance vers le milieu de la salle. Elle s’arrête au niveau de l’étui, semble réfléchir longuement. Puis elle décide qu’il est temps, pose sa main sur le tissu noir. Son corps paraît parcouru de frissons, de légers tremblements comme si elle entendait un coeur battre, qu’elle sentait la vie, ici, sous sa main. Ses doigts fins glissent sur la boîte et saisissent la fermeture.

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