Calendrier de l’Avent – 7

Vendredi 7 décembre, troisième étage d’un hôpital de banlieue, l’étage dont personne ne revient, l’unité des soins palliatifs. Le couloir est blanc, lumineux, long et silencieux. Seuls quelques pas discrets viennent parfois troubler le silence de ce bâtiment, quelques murmures ou pleurs.
Aujourd’hui, le service est très calme : les familles viennent le week-end et le mercredi rendre visite à leurs proches. Le reste de la semaine, leurs venues sont exceptionnelles. Mais soudain une personne déboule dans le couloir les bras chargés d’un immense carton. Elle longe les chambres avec précaution, ouvre doucement la porte de la numéro 316. Elle entre, la referme, pose le carton.

« Papa, papa tu m’entends ? »
Le jeune homme s’est accroupi auprès du lit, où une forme allongée respire avec difficulté. Seul le cliquetis des machines lui réponds.
« Papa, c’est moi, c’est Camille… »
Le jeune homme pose délicatement sa main sur celle de son père.
« Comment est-ce que tu vas aujourd’hui ? Nous sommes vendredi, mais j’ai réussi à prendre ma journée pour venir te voir. Tu entends ce que je dis, papa ? »
L’homme allongé sur le lit, emmêlé dans les nombreux tubes qui l’emprisonnent, ouvre les yeux avec difficulté. Le cœur de Camille accélère, mais il reste calme pour ne pas brusquer son père.
« C’est Camille, papa, c’est moi, ton fils… »
Ses paupières se plissent et le coin de ses lèvres remonte lentement : il sourit.
« Papa, répète Camille, les larmes aux yeux, je suis venu décorer ta chambre pour Noël. Tu sais, Noël ? C’est bientôt, dans quelques semaines à peine… »
Mais les yeux de son père se sont refermés : il s’est déjà rendormi. Les infirmières ont dû lui donner son traitement il y a peu de temps, pour qu’il soit aussi fatigué. Ou alors la maladie gagne encore du terrain.
Pourtant, le jeune homme ne veut pas y penser. Il veut uniquement que son papa soit heureux quand il ouvrira de nouveau les yeux, de voir sa chambre briller de milles couleurs. Il veut que son papa soit heureux, même si, lorsqu’il se réveillera, il ne se rappellera pas que son fils est venu, ni que c’est lui qui a orné la petite pièce. Il ne se souviendra même pas qu’il a un fils. Alors, Camille se lève, sort les guirlandes et les boules de Noël de son sac et commence à les disposer.
Un sourire absent glisse sur ses lèvres, ses larmes tombent sur le carrelage.

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Stade 4

Une nouvelle forte et intense d’après ceux qui l’ont déjà lue…

Stade 4

Mon corps engourdi reprend connaissance tout doucement. J’essaie de me redresser pour voir dans quel état je suis, mais je ne ressens rien, mes muscles ne répondent plus : je n’arrive pas à me soulever. J’ai mal, enfin, je crois. Je veux hurler : mes lèvres restent impassibles, elles refusent de laisser passer le moindre son. C’est incompréhensible. J’essaie de bouger, ne serait-ce qu’un peu, j’essaie même de tomber, de faire du bruit, de me convaincre que j’existe encore.

Au dessus de moi, un faux plafond, sûrement blanc à l’origine, un peu jauni aux angles. De fines craquelures le zèbrent. Mes yeux ne veulent toujours pas remuer, je ne vois pas les murs. Dehors, des talons affairés claquent et des voix s’interpellent. Je ne me rappelle de rien. Je sens mon corps vivre grâce aux sifflements des machines : pour chaque respiration, pour chaque battement de cœur, un bip vient m’annoncer que je ne suis pas en train de mourir. L’orchestre électronique me maintient en vie. Que m’est-il arrivé ?

Je crois que j’étais partie sur un coup de tête, ce soir-là, à moto dans la campagne. Une nuit de plus à rouler, à défier l’obscurité pour me défaire de ma colère. Mais je n’ai pas gagné, cette fois-ci

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La porte s’ouvre, j’entends deux pas, légers, féminins sans doute. Les présences s’approchent, mes yeux s’ouvrent. L’une d’elles, cheveux blonds attachés, est penchée au dessus de moi, la main sur mon visage : c’est elle qui m’a rendue la vue. Je distingue le sien, qui me paraît jeune, fatigué, peut-être un peu triste. Je dois être une de ses dernières patientes, à en juger par ses cernes, ses traits éreintés. Elle me dit que tout va bien se passer et s’éloigne pour remplir une fiche. L’autre voix, sèche, égrène point par point des paramètres médicaux qui sont sûrement les miens :  » Respiration, OK. Tension à 12/8, stable. Rythme cardiaque à 72, stable. Pas de réflexes.  » Des mots jetés sur une feuille de papier, qui donnent grâce à une équation presque mathématique, mon état de santé.

« Coma stade 4. « 

Le stylo de ma première infirmière arrête de gratter la feuille de soins. Lire la suite