Calendrier de l’Avent – 4

De loin, on ne voit qu’un amas de couvertures, posé contre un mur, en pleine rue. Quand on se rapproche, on s’aperçoit que ce ne sont pas des couvertures, mais de vieux manteaux enfilés les uns sur les autres.
De la personne qui les porte, on distingue uniquement un nez rougi par le froid, quelques mèches de cheveux qui s’échappent d’un bonnet gris. Cette silhouette, glacée dans le matin de décembre, s’appelle Gabrielle.

Son visage devait-être joli, avant. Mais la rue a fané sa beauté. Maintenant, ses yeux sont vides, son regard fixe quelque chose que personne ne peut voir. Elle est immobile toute la journée durant, invisible aux yeux des passants. Parfois, certains lui balancent une pièce, comme on envoie une cacahuète à un animal. Ça lui paie un repas, un bout de pain, ou même un fruit. Mais personne ne fait vraiment attention à elle, elle n’existe même plus. Seuls les enfants lui jettent un sourire, de temps en temps. La vie passe, mais Gabrielle reste sur le bord de la route.

La vie est plus dure pour elle, en hiver. Le froid l’engourdit tellement qu’elle ne trouve même plus la force d’aller demander un café ou une boisson chaude au comptoir d’un bar. Ou tout simplement, d’aller chercher de quoi manger, ou de quoi boire. L’hiver, il n’y a aucune place dans les foyers d’accueil, plus aucun recoin de libre. Et même s’il restait quelques places, elle n’irait pas. Il n’y a que des hommes là-bas. Des hommes rarement galants, souvent ivres.

Alors, elle reste là, dans la rue. Même quand il neige.

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L’égarée

Quelques lignes, cela fait si longtemps que je n’ai pas posté…

Elle était là depuis longtemps, lovée au creux de l’arbre, endormie comme un enfant dans les bras de sa mère. Ses genoux repliés contre sa poitrine se soulevaient régulièrement, suivant le rythme de sa respiration : un bras les maintenait en place, l’autre, laissé libre, se balançait avec douceur. Détachés, ses longs cheveux clairs frémissaient au moindre souffle, à la moindre brise qui parcourait la forêt. L’ombre des feuillages protégeait son teint clair, qui faisait ressortir la couleur cerise de ses lèvres.
Elle ressemblait un peu à une poupée fragile, oubliée là par quelqu’un d’étourdi, ou quelqu’un qui n’aurait pas voulu d’elle.