Le passager du tramway

Je suis tombée amoureuse de ce regard perdu.

Il était là, en face de moi dans le tramway, les sourcils froncés et tout son corps penché au dessus d’un vieux journal. Entre deux reniflements, il regardait les arrêts, les yeux toujours plissés : peut-être avait-il oublié ses lunettes. Il fixait une annonce, la relisait sans cesse comme si c’était la chose la plus précieuse qu’il possédait. Sur son front on commençait à apercevoir de petits plis, très discrets, déposés là par des préoccupations qui le dépassaient. Ses cheveux semblaient comme emprisonnés sous une couche phénoménale de gel, longs mais tirés en arrière, il ne fallait pas qu’ils débordent, surtout pas. Le col doublé en polaire de son manteau en cuir était relevé, appuyé contre son cou, comme un vampire des années 2000. Un gant noir couvrait sa main droite, peut-être qu’elle avait froid, ou qu’elle était plus délicate. Peut-être qu’elle était jalouse, alors il fallait en prendre soin, lui montrer qu’elle comptait.
En quelques minutes, j’avais l’impression de déjà le connaître, de déjà l’apprécier : tous ces petits défauts qui chez d’autres m’auraient fait bondir, chez lui je leur trouvais un charme adolescent.

Il est descendu dans la nuit, alors que j’écrivais ces mots, le noir a happé son regard d’enfant. Et, au fond de moi, j’ai souhaité très fort qu’il se sente aimé.

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Poétique, imagé

En écriture, l’autre soir, on devait choisir deux mots pour décrire le style d’un auteur que l’on appréciait puis en faire un texte. Ou quelque chose comme cela. Je m’excuse d’avance de la taille de celui-ci, je n’étais pas du tout en forme.

L’enfant ferme les yeux.

Le vieil arbre au fond du jardin est un escalier vers le ciel sombre et ses étoiles, pièces d’argent égarées dans le ciel par un rêveur distrait. Il tend la main, déplie ses minuscules doigts et caresse la voie lactée, se perd dans le velours de la nuit. Il attrape une lumière et la libère aussitôt, doucement brûlé par sa blancheur. Alors il plonge entre les constellations, s’endort.

Un nuage passe devant la Lune.

Carte postale / Postcard

Le texte en français est juste en dessous.

The sky is blue, the water is clear, the wind is starting to rise. The sun is softly heating the bathers’ skin and running the droplets on their shinning bodies. Between their feet fish of every size scurry away, frightened by all this hussel and bussel. Laughter and words break the silence, warming up hearts. It is the summer. Bodies brush againsteach other, eyes meet and smiles appear. It is the summer. The deep green of trees, the dry green of grass, the blue green of seaweed, all of them are mixing and drazzling. The blue of the sky is melting into the blue of water.

It is cold now.

She puts down the photograph on her bedtable. The green doesn’t fade into several shades anymore, all blues are the same. Time went by and took everything. So, she goes away to cook lunch for her husband and children, without hearing whispers and echos from a time she was happy, from a time she was a child.

Le ciel est bleu, l’eau est claire, le vent se lève. Le soleil chauffe la peau des baigneurs avec douceur et chasse les gouttelettes d’eau qui perlent sur leurs corps brillants. Entre leurs pieds s’enfuient des poissons de toutes tailles, effrayés par tant de vacarme. Les rires et les mots brisent le silence, réchauffent les coeurs. C’est l’été. Les corps se frôlent, les regards se croisent et les sourires naissent. C’est l’été. Le vert profond des arbres, le vert sec de l’herbe, le vert bleu des algues, tous se mélangent et éblouissent. Le bleu du ciel se fond dans celui de l’eau.

Il fait froid maintenant.

Elle repose la photographie sur sa table de chevet. Le vert ne se décline plus en autant de nuances, les bleus sont tous les mêmes, tristes, fades. Le temps est passé et a tout emporté. Alors, elle s’éloigne pour préparer le repas de son mari et ses enfants, sans entendre les murmures et les échos d’un temps où elle était heureuse, d’un temps où elle était enfant.

Retour

Désolée de ne pas être très présente, voici un petit texte pour me faire pardonner, passez un bon dimanche ♥

Le soir est doux, lent, paisible. Ou peut-être a-t-elle cette impression car elle est épuisée, sa journée a été longue, trop longue pour une petite fille comme elle. Les lumières de la ville passent à travers les vitres de la voiture et courent sur son visage. Le chaos de la route la berce, sa tête s’affaisse un peu. Elle a beaucoup joué, aujourd’hui, beaucoup couru et papillonné à droite, à gauche. C’est épuisant une vie d’enfant, en fin de compte. Ses paupières s’abaissent petit à petit sur ses yeux fatigués, jusqu’à se fermer complètement. Dans son esprit s’invitent les cris des autres enfants, leurs rires l’emmènent dans ses rêves. Sa petite main qui serrait son ours en peluche se détend, ce dernier semble sourire : elle peut encore rêver, encore un tout petit peu, même si ce taxi la conduit vers la réalité. Il en sera toujours ainsi : les minutes, les heures et les jours couleront encore lorsqu’elle aura dix, vingt, cinquante ans de plus, la réalité reviendra la chatouiller, la sortant de son bonheur.

Calendrier de l’Avent – 5

Il a neigé pendant la nuit : le jardin est recouvert par un épais manteau de coton. Il commence à fondre, doucement mais sûrement. Un homme est assis à côté de la fenêtre, au chaud, un téléphone dans les mains. Il semble hésiter, regarde le combiné, le jardin, à nouveau le combiné. Puis il souffle un grand coup, déglutit, et compose un numéro : « Allo Carine ? Oui, c’est Marc… »
Sa voix s’étrangle. Il éloigne l’appareil de son visage, réprime un sanglot, puis reprend la parole : « Je voulais voir avec toi l’organisation des vacances, plus particulièrement celle du jour de Noël.
– …
– Comment ça tu ne pourras pas ? Mais pense à la petite, pense à Lou ! Faisons un effort pour nous entendre au moins sur ce point, qu’elle passe Noël avec ses deux parents ! Si tu ne fais pas cet effort pour moi, fait le au moins pour elle !
– …
– C’est encore à cause de l’autre que tu ne peux pas venir ?
– …
– Ça, jamais, tu ne l’emmèneras pas ! Tu crois que tu es un exemple pour ta fille ? Tu trompes ton mari, tu te barres avec un con, comme ça, à peine un mois avant Noël ! »
Il serre le téléphone de toutes ses forces pour ne pas frapper la première chose qui lui tombe sous la main : « Tu sais tout le mal que tu lui as fait, en nous quittant sur un coup de tête ? hurle-t-il au téléphone. A nous deux, tu nous as déchiré le cœur ! Et je t’entends rire en plus ! Est-ce que tu te rends compte à quel point tu es égoïste ? Carine ? Carine ?! »

Mais de l’autre côté de la ligne, il n’y a déjà plus personne. Il repose alors violemment le combiné sur son socle, et s’effondre à côté de la fenêtre.

Lou se tient sur le seuil de la pièce, elle est là depuis le début de la conversation, si discrète que son papa ne l’a pas remarquée. Même si elle n’a pas tout compris, elle a tout entendu. Dehors, il s’est remis à neiger, mais dans le cœur de son papa, il pleut.

Calendrier de l’Avent – 1

Les nuages occupent le ciel depuis plusieurs jours maintenant. Ils prennent tout l’espace, sans vouloir laisser la place à un seul rayon de soleil, aussi mince soit-il. Cela fait presque une semaine que l’on n’a pas vu un petit bout de bleu ; la pluie menace sans jamais vraiment s’imposer.
Et Lou attend. On le lui a dit : le premier décembre, normalement, il neige. Décembre, c’est le mois de Noël, le mois des cadeaux, des marrons chauds, mais surtout, décembre, c’est le mois de la neige. Alors elle est postée devant sa fenêtre depuis le matin, grimpée sur un tabouret pour être assez haute. Mais elle en a un peu marre : il est bientôt midi et toujours aucun flocon en vue. Son visage affiche une petite moue boudeuse, ses yeux se fâchent et deviennent tout noir. Elle s’apprête enfin à redescendre de son tabouret, quand elle aperçoit un point blanc qui voltige dans l’air.
Elle marque un moment d’arrêt, ses yeux s’arrondissent et sa bouche s’entrouvre : « Oooh… « . C’est le premier flocon de l’hiver. Alors elle descend de son perchoir en sautant, traverse sa chambre, le couloir, dévale l’escalier et sort dans le jardin.
Elle saute dans tous les sens en gambadant, chante de joie : « Il neige, il neiiiiiige ! ». Son pyjama rose trop grand pour elle ondule dans sa danse, le vent ébouriffe ses cheveux. Comme s’ils l’avaient entendue, les flocons se font de plus en plus nombreux. Ils font mille détours avant de toucher terre, ou de se lover dans les douces mains de l’enfant. Lou sourit, émerveillée. Elle l’a tant attendue, cette neige promise, quel bonheur de pouvoir enfin la voir, la sentir fondre sur sa langue !
« Lou, ma puce, rentre, tu vas attraper froid ! » Alors la petite fille chuchote un mot d’au revoir à sa nouvelle amie, et retourne à l’intérieur de sa maison, au chaud. Elle remonte dans sa chambre, escalade à nouveau son tabouret, et s’appuie contre la vitre : c’est bientôt Noël.

Premiers pas

Une très très belle musique… (Merci Caladis)

Mes paupières se lèvent, avec douceur, et mes yeux découvrent la lumière du soleil. En face de moi la mer est calme. L’eau ondule, claire et fraîche. Je me frotte le visage : j’ai l’impression d’avoir dormi longtemps. Mes jambes engourdies s’éveillent et semblent vouloir bouger. Une main de chaque côté du corps, appuyée sur les galets du rivage, je me soulève péniblement. Je suis debout. Je titube. Un peu comme quand font les grands quand ils ont trop bu.

Maintenant je tiens debout. Je suis encore un peu maladroit, je commence juste à vivre. De l’autre côté des vaguelettes, une gigantesque montagne trône, imposante, reine. Je tends la main pour la toucher, l’attraper, lui parler… Je pense très fort à ce que je veux lui dire…

Est ce que je peux te rejoindre, aller avec toi ?

Mon corps se soulève, mes talons se décollent du sol et je me tire vers le ciel. Avec lenteur, mes pointes de pieds elles aussi quittent la terre. Elle m’a entendue.. A chaque battement de mon coeur, à chacune de mes respirations, à chaque coup sur le tambour je m’hisse un peu plus.. Je vole la rejoindre…