Calendrier de l’Avent – 24

            Ce soir, c’est Noël. Pour certains, c’est une soirée passée à la messe, pour d’autres, une nuit à attendre le Père Noël, ou une naissance.

Aujourd’hui, Lou se réveille en sursaut et descend au pied du sapin, vérifier si les cadeaux ne sont pas déjà là. Son papa remarque son manège, et, en rigolant, lui fait remarquer qu’il ne lui reste plus qu’un jour à patienter pour avoir les cadeaux. Alors la petite sourit et part réveiller Gabrielle avec un câlin, comme tous les matins.

L’après-midi, Lou est partie chez un ami et Marc emmène Gabrielle faire les magasins : il lui faut une robe pour offrir à une amie et, vu son absence de goût -il le dit lui-même- il lui faut quelqu’un pour l’aider. Alors les deux adultes partent en direction du centre commercial le plus proche. Ils font un, deux, trois magasins, mais rien ne leur plaît. Gabrielle essaie bien quelques vêtements, mais rien ne réussit à les convaincre. Elle lui demande alors les goûts de son amie : « Quelque chose de simple, pas ces trucs qu’on a vu avec toutes les paillettes, ou alors le machin qui ressemblait à un sac plastique… »

Gabrielle éclate de rire devant son air désespéré et lui fait remarquer que les magasins vont bientôt fermer, qu’ils doivent se dépêcher. Alors, ils en tentent un dernier. A peine entrée, elle se dirige vers une robe noire, longue, parcourue par une sorte de fil argentée. Ses yeux brillants se tournent vers Marc et elle lui demande d’une voix fébrile : « Tu penses que ça lui plairait ? »

            Elle l’essaie et rougit en se voyant dans le miroir. Ses épaules sont découvertes, son dos également est laissé nu : seuls quelques fils entrelacés le parcourent. Le tissu couvre ses pieds et glisse derrière elle quand elle se déplace, dans un doux bruissement. Marc s’exclame que c’est parfait, que son amie l’adorera. Content, il passe à la caisse tandis que la jeune femme regarde à nouveau son reflet, les yeux brouillés de larmes : elle n’a l’air de rien, dans ses vêtements trop grands.

Le soir, après sa douche, elle rentre dans sa chambre emmitouflée dans sa serviette et aperçoit sur son lit la robe noire, accompagnée d’un mot : « Joyeux Noël, Gabrielle »

En bas, près du sapin, Lou et Marc rient.

 

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Calendrier de l’Avent – 6

Une grève de train. Il fallait s’y attendre. Chaque année il y a un problème à un moment ou à un autre. Et bien, cette année, c’est tombé trois semaines avant Noël, deux semaines avant les vacances. Juste le week-end où Marine devait rentrer chez elle. Mais à elle, ça lui va. Ce n’est pas pour le plaisir qu’elle est partie en internat. Marre de son père qui hurle sans arrêt sur les triplés, marre de sa mère qui les surprotège un jour pour les abandonner le lendemain. Une seule personne lui manque. Depuis bientôt un an, il est tout pour elle. Elle n’a jamais ressenti toutes ces émotions, ou même pensé que cela existait. C’est pour lui que, de temps en temps, elle rentre. Pour le serrer dans ses bras et le couvrir de baisers. Allongée sur son lit, elle regarde son mur, couvert de ses photos. Il sourit à tout le monde, et tout le temps. Il n’a pas encore appris que la vie pouvait aussi être triste, douloureuse. C’est un peu normal, après tout, son petit frère n’a pas encore un an. Son anniversaire est bientôt, alors la jeune fille décide qu’au lieu de passer sa fin d’après-midi à se morfondre, elle va aller lui trouver un cadeau. Quelque chose de beau, rien que pour lui, quelque chose qui fera scintiller ses beaux petits yeux bleus.

Alors elle prend son manteau, son portefeuille, et se rend au magasin le plus proche. Quand elle entre, elle ne peut retenir un soupir : le centre commercial est couvert de guirlandes, d’affiches promotionnelles en tous genres. Marine a vite fait de faire le tour des jouets : tout lui semble pathétique, sans valeur. Ce ne sont que des petits bouts de plastique bariolés, sans âme. Alors, pour la contenance, elle prend une tablette de chocolat, un paquet de bonbons, et passe à la caisse. Devant elle, une vieille dame dépose ses courses avec une lenteur effroyable, presque comique. Le caissier a bien remarqué les pensées de Marine, et sourit. Ils se regardent. La lycéenne se met à rêver : il est plutôt mignon, avec ses cheveux bruns et ses yeux sombres. Très mignon, même. Quand c’est à son tour de passer à la caisse, elle lui dit bonjour, et attend qu’il entame la conversation. Il espère la même chose, et ne cesse de la regarder en passant ses articles. Mais aucun ne fait le premier pas. Et ils sont tous deux déçus.

Marine part, et le caissier remet en place son badge, sur lequel est inscrit : « Bonjour, je m’appelle Camille ! »