Le départ

Tu sais, on l’a promis, on se reverra.
La fin, ça arrive d’un coup, tu ne l’as pas sentie venir et elle est déjà là, elle t’attend là-bas, au bout du chemin. Elle t’a sauté dessus alors que tu commençais à peine à peindre tous ces visages dans ton cœur. Il y en avait des visages, de toutes les nuances du monde, de toutes les humeurs de la terre. Mais déjà il faut les remplacer, les mettre de côté pour retourner avec ton quotidien. Mais il n’effacera pas ces regards. Pas ceux-là.
Alors oui, ça tord le cœur et ça inonde ton visage, mais tu sais que tu as vécu. Durant ces quelques poignées d’heures, tu as vécu comme personne avant toi, tu as vécu de ces regards, de ces sourires et de ces mots que l’on t’offrait. Tu as découvert tant d’humains -tant d’humain.
Alors oui, ta voix tremble de ne pas trouver de mots à la hauteur, ton corps se tend de peur de rater cette dernière étreinte. Et ton regard cherche à capturer les derniers fragments de bonheur qui te glissent entre les doigts. Saisis-les et enfuis-toi avec, cache-les dans un vieux coffre en bois à l’abri au creux de tes mains. Lorsque le monde te semblera fade tu iras t’y perdre, tu nous retrouveras comme si nous venions de nous quitter et nous irons rire de ceux qui pensent que la vie est sérieuse.
Tu sais, on se reverra.

As-tu déjà été heureux ? / Have you ever been happy?

The text in English is just above the one in French

As-tu déjà été heureux ?
Inspire, expire avec douceur, ferme les yeux. Inspire lentement, profondément. Expire.
As-tu déjà été heureux ?
Écoute ton coeur battre, essaie de sentir ton corps vivre. Le sang galope dans tes veines, tes poumons se gonflent et se dégonflent. C’est toi, tu es bien là.
Le vent fait frémir ta peau, juste un peu, un tout petit peu. Tu ressens quelque chose, maintenant, quelque chose de doux et de frais. Tu es calme, paisible.
As-tu déjà été heureux ?
Tu ouvres les yeux. Toutes ces couleurs, ces sensations, ces sons, ces odeurs et ces goûts autour de toi ; toutes ces choses à découvrir.
La vie est simple, la vie est belle. La vie fait parfois mal, la vie fait parfois pleurer, la vie fait mourir. Mais la vie est incroyablement belle.
Tu es heureux.

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Have you ever been happy?
Breathe in, breathe out softly, close your eyes. Breathe in slowly, deaply. Breathe out.
Have you ever been happy?
Listen to your beating heart, try to feel your living body. Your blood gallops in your veins, your lungs fill up with oxygen, empty. It is you, you are really here.
The wind makes your skin quiver, just a bit, a little bit. You feel something, now, something soft and fresh. You are calm, peaceful.
Have you ever been happy?
You open your eyes. All these colors, these feelings, these sounds, these smells and tastes around you ; all these things to discover.
Life is simple, life is beautiful. Life sometimes hurts, life sometimes makes you cry, life makes you die. But life is unbelievably beautiful.
You are happy.

Carte postale / Postcard

Le texte en français est juste en dessous.

The sky is blue, the water is clear, the wind is starting to rise. The sun is softly heating the bathers’ skin and running the droplets on their shinning bodies. Between their feet fish of every size scurry away, frightened by all this hussel and bussel. Laughter and words break the silence, warming up hearts. It is the summer. Bodies brush againsteach other, eyes meet and smiles appear. It is the summer. The deep green of trees, the dry green of grass, the blue green of seaweed, all of them are mixing and drazzling. The blue of the sky is melting into the blue of water.

It is cold now.

She puts down the photograph on her bedtable. The green doesn’t fade into several shades anymore, all blues are the same. Time went by and took everything. So, she goes away to cook lunch for her husband and children, without hearing whispers and echos from a time she was happy, from a time she was a child.

Le ciel est bleu, l’eau est claire, le vent se lève. Le soleil chauffe la peau des baigneurs avec douceur et chasse les gouttelettes d’eau qui perlent sur leurs corps brillants. Entre leurs pieds s’enfuient des poissons de toutes tailles, effrayés par tant de vacarme. Les rires et les mots brisent le silence, réchauffent les coeurs. C’est l’été. Les corps se frôlent, les regards se croisent et les sourires naissent. C’est l’été. Le vert profond des arbres, le vert sec de l’herbe, le vert bleu des algues, tous se mélangent et éblouissent. Le bleu du ciel se fond dans celui de l’eau.

Il fait froid maintenant.

Elle repose la photographie sur sa table de chevet. Le vert ne se décline plus en autant de nuances, les bleus sont tous les mêmes, tristes, fades. Le temps est passé et a tout emporté. Alors, elle s’éloigne pour préparer le repas de son mari et ses enfants, sans entendre les murmures et les échos d’un temps où elle était heureuse, d’un temps où elle était enfant.

Retour

Désolée de ne pas être très présente, voici un petit texte pour me faire pardonner, passez un bon dimanche ♥

Le soir est doux, lent, paisible. Ou peut-être a-t-elle cette impression car elle est épuisée, sa journée a été longue, trop longue pour une petite fille comme elle. Les lumières de la ville passent à travers les vitres de la voiture et courent sur son visage. Le chaos de la route la berce, sa tête s’affaisse un peu. Elle a beaucoup joué, aujourd’hui, beaucoup couru et papillonné à droite, à gauche. C’est épuisant une vie d’enfant, en fin de compte. Ses paupières s’abaissent petit à petit sur ses yeux fatigués, jusqu’à se fermer complètement. Dans son esprit s’invitent les cris des autres enfants, leurs rires l’emmènent dans ses rêves. Sa petite main qui serrait son ours en peluche se détend, ce dernier semble sourire : elle peut encore rêver, encore un tout petit peu, même si ce taxi la conduit vers la réalité. Il en sera toujours ainsi : les minutes, les heures et les jours couleront encore lorsqu’elle aura dix, vingt, cinquante ans de plus, la réalité reviendra la chatouiller, la sortant de son bonheur.

Calendrier de l’Avent – 12

            « Bonne journée madame, à bientôt ! »

Avec son sourire éclatant, Camille attire la gente féminine du centre commercial dans son intégralité, toutes les femmes font la queue pour que ce soit lui qui s’occupe de leurs emplettes. Alors, même lorsqu’il est triste, songeur, il ne peut se permettre de ne pas sourire : c’est le chiffre d’affaire du magasin qui est en jeu ! En quelques années, il en a vu défiler, des personnes différentes…

C’est fou comme on peut deviner la vie d’une personne à ce qu’elle place sur le tapis roulant. Une vieille dame arrive avec plusieurs kilos de nourriture, alors que d’habitude elle n’achète presque rien à manger ? Ne cherchez pas, ses enfants et petits-enfants viennent la voir. Une femme aux yeux cernés achète des boules quies ? Il y a de fortes chances pour qu’elle ait un bébé, surtout si son achat est assorti de petits pots de compote, ou autre aliment pour enfants. Une jeune fille passe uniquement avec une tablette de chocolat ? Une peine, un chagrin d’amour, sans doute. Surtout lorsqu’elle regarde Camille avec insistance quand il lui rend la monnaie.

En plus, c’est bientôt Noël, et les clients débarquent à la caisse les bras chargés de cadeaux plus ou moins conseillés ; ils sont souvent énervés par l’affluence, la tension, leur journée de travail, et ne prennent pas le temps de vivre. De faire les choses tout simplement, de profiter de chaque petit moment que nous accorde notre existence.

Mais, l’autre jour, une petite fille a illuminé sa journée. Elle respirait la joie ; elle était tellement fraîche, vive, innocente. Son papa avait l’air fatigué, mais sa fille semblait son unique raison de vivre, et pour elle, il aurait tout fait.

Alors, Camille repense à son père, là-bas, dans cet étage silencieux de l’hôpital, et son sourire s’efface. Il termine de passer les articles de la cliente suivante, et demande, armé d’un sourire forcé : « Cinquante-six euros soixante, s’il vous plaît ! »

Premiers pas

Une très très belle musique… (Merci Caladis)

Mes paupières se lèvent, avec douceur, et mes yeux découvrent la lumière du soleil. En face de moi la mer est calme. L’eau ondule, claire et fraîche. Je me frotte le visage : j’ai l’impression d’avoir dormi longtemps. Mes jambes engourdies s’éveillent et semblent vouloir bouger. Une main de chaque côté du corps, appuyée sur les galets du rivage, je me soulève péniblement. Je suis debout. Je titube. Un peu comme quand font les grands quand ils ont trop bu.

Maintenant je tiens debout. Je suis encore un peu maladroit, je commence juste à vivre. De l’autre côté des vaguelettes, une gigantesque montagne trône, imposante, reine. Je tends la main pour la toucher, l’attraper, lui parler… Je pense très fort à ce que je veux lui dire…

Est ce que je peux te rejoindre, aller avec toi ?

Mon corps se soulève, mes talons se décollent du sol et je me tire vers le ciel. Avec lenteur, mes pointes de pieds elles aussi quittent la terre. Elle m’a entendue.. A chaque battement de mon coeur, à chacune de mes respirations, à chaque coup sur le tambour je m’hisse un peu plus.. Je vole la rejoindre…