Migrations

Quelques lignes, quelques mots suffisent pour en dire long.

                Le petit bateau se balance au creux des vagues sombres. Rougi par le soleil couchant, le ciel est empli de nuages. Il va bientôt faire nuit. Des centaines de corps sont entassés sur l’embarcation, tous serrés, agrippés les uns aux autres pour ne pas tomber. Et surtout, tous silencieux.
Un oiseau, deux oiseaux : tout un vol apparaît. Sur le petit bateau, une minuscule voix s’élève :
«Maman, ils vont où eux ?
-En Europe, pour l’été… Ils migrent…
– Et nous, on va où ? »
La question reste sans réponse, et la femme serre un peu plus son enfant contre elle. Dans la pénombre, elle regarde les oiseaux, ses yeux se brouillent de larmes.

La tempête.

Laissez vous emporter…

Autour de nous le vent hurle, la pluie s’abat avec rage et le ciel, torturé, se fend à chaque éclair. Des vagues démesurées frappent le navire, simple fétu de paille sur l’océan, cet immense champ de bataille. Je vois mes hommes crier, s’agripper, et se faire emporter par les démons de la tempête. Mon équipage ne tiendra pas longtemps: je serre la barre et lutte un peu plus à chaque instant pour nous sauver. Soudain une vague me fait perdre l’équilibre, je roule sur le pont et passe par dessus bord: me voilà porté par l’eau en furie. J’essaie de demeurer à la surface, mais je sens qu’une force me tire vers les fonds obscurs. Mon bateau s’éloigne, adieu, je ne le reverrai jamais…

– Pose moi ce livre !
Maman vient d’entrer dans ma chambre.
– Et tu as vu comme tes couvertures sont défaites ? On dirait que tu viens d’essuyer un ouragan ! Allez, dors, maintenant.