Calendrier de l’Avent – 6

Une grève de train. Il fallait s’y attendre. Chaque année il y a un problème à un moment ou à un autre. Et bien, cette année, c’est tombé trois semaines avant Noël, deux semaines avant les vacances. Juste le week-end où Marine devait rentrer chez elle. Mais à elle, ça lui va. Ce n’est pas pour le plaisir qu’elle est partie en internat. Marre de son père qui hurle sans arrêt sur les triplés, marre de sa mère qui les surprotège un jour pour les abandonner le lendemain. Une seule personne lui manque. Depuis bientôt un an, il est tout pour elle. Elle n’a jamais ressenti toutes ces émotions, ou même pensé que cela existait. C’est pour lui que, de temps en temps, elle rentre. Pour le serrer dans ses bras et le couvrir de baisers. Allongée sur son lit, elle regarde son mur, couvert de ses photos. Il sourit à tout le monde, et tout le temps. Il n’a pas encore appris que la vie pouvait aussi être triste, douloureuse. C’est un peu normal, après tout, son petit frère n’a pas encore un an. Son anniversaire est bientôt, alors la jeune fille décide qu’au lieu de passer sa fin d’après-midi à se morfondre, elle va aller lui trouver un cadeau. Quelque chose de beau, rien que pour lui, quelque chose qui fera scintiller ses beaux petits yeux bleus.

Alors elle prend son manteau, son portefeuille, et se rend au magasin le plus proche. Quand elle entre, elle ne peut retenir un soupir : le centre commercial est couvert de guirlandes, d’affiches promotionnelles en tous genres. Marine a vite fait de faire le tour des jouets : tout lui semble pathétique, sans valeur. Ce ne sont que des petits bouts de plastique bariolés, sans âme. Alors, pour la contenance, elle prend une tablette de chocolat, un paquet de bonbons, et passe à la caisse. Devant elle, une vieille dame dépose ses courses avec une lenteur effroyable, presque comique. Le caissier a bien remarqué les pensées de Marine, et sourit. Ils se regardent. La lycéenne se met à rêver : il est plutôt mignon, avec ses cheveux bruns et ses yeux sombres. Très mignon, même. Quand c’est à son tour de passer à la caisse, elle lui dit bonjour, et attend qu’il entame la conversation. Il espère la même chose, et ne cesse de la regarder en passant ses articles. Mais aucun ne fait le premier pas. Et ils sont tous deux déçus.

Marine part, et le caissier remet en place son badge, sur lequel est inscrit : « Bonjour, je m’appelle Camille ! »

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Calendrier de l’Avent – 5

Il a neigé pendant la nuit : le jardin est recouvert par un épais manteau de coton. Il commence à fondre, doucement mais sûrement. Un homme est assis à côté de la fenêtre, au chaud, un téléphone dans les mains. Il semble hésiter, regarde le combiné, le jardin, à nouveau le combiné. Puis il souffle un grand coup, déglutit, et compose un numéro : « Allo Carine ? Oui, c’est Marc… »
Sa voix s’étrangle. Il éloigne l’appareil de son visage, réprime un sanglot, puis reprend la parole : « Je voulais voir avec toi l’organisation des vacances, plus particulièrement celle du jour de Noël.
– …
– Comment ça tu ne pourras pas ? Mais pense à la petite, pense à Lou ! Faisons un effort pour nous entendre au moins sur ce point, qu’elle passe Noël avec ses deux parents ! Si tu ne fais pas cet effort pour moi, fait le au moins pour elle !
– …
– C’est encore à cause de l’autre que tu ne peux pas venir ?
– …
– Ça, jamais, tu ne l’emmèneras pas ! Tu crois que tu es un exemple pour ta fille ? Tu trompes ton mari, tu te barres avec un con, comme ça, à peine un mois avant Noël ! »
Il serre le téléphone de toutes ses forces pour ne pas frapper la première chose qui lui tombe sous la main : « Tu sais tout le mal que tu lui as fait, en nous quittant sur un coup de tête ? hurle-t-il au téléphone. A nous deux, tu nous as déchiré le cœur ! Et je t’entends rire en plus ! Est-ce que tu te rends compte à quel point tu es égoïste ? Carine ? Carine ?! »

Mais de l’autre côté de la ligne, il n’y a déjà plus personne. Il repose alors violemment le combiné sur son socle, et s’effondre à côté de la fenêtre.

Lou se tient sur le seuil de la pièce, elle est là depuis le début de la conversation, si discrète que son papa ne l’a pas remarquée. Même si elle n’a pas tout compris, elle a tout entendu. Dehors, il s’est remis à neiger, mais dans le cœur de son papa, il pleut.

Calendrier de l’Avent – 4

De loin, on ne voit qu’un amas de couvertures, posé contre un mur, en pleine rue. Quand on se rapproche, on s’aperçoit que ce ne sont pas des couvertures, mais de vieux manteaux enfilés les uns sur les autres.
De la personne qui les porte, on distingue uniquement un nez rougi par le froid, quelques mèches de cheveux qui s’échappent d’un bonnet gris. Cette silhouette, glacée dans le matin de décembre, s’appelle Gabrielle.

Son visage devait-être joli, avant. Mais la rue a fané sa beauté. Maintenant, ses yeux sont vides, son regard fixe quelque chose que personne ne peut voir. Elle est immobile toute la journée durant, invisible aux yeux des passants. Parfois, certains lui balancent une pièce, comme on envoie une cacahuète à un animal. Ça lui paie un repas, un bout de pain, ou même un fruit. Mais personne ne fait vraiment attention à elle, elle n’existe même plus. Seuls les enfants lui jettent un sourire, de temps en temps. La vie passe, mais Gabrielle reste sur le bord de la route.

La vie est plus dure pour elle, en hiver. Le froid l’engourdit tellement qu’elle ne trouve même plus la force d’aller demander un café ou une boisson chaude au comptoir d’un bar. Ou tout simplement, d’aller chercher de quoi manger, ou de quoi boire. L’hiver, il n’y a aucune place dans les foyers d’accueil, plus aucun recoin de libre. Et même s’il restait quelques places, elle n’irait pas. Il n’y a que des hommes là-bas. Des hommes rarement galants, souvent ivres.

Alors, elle reste là, dans la rue. Même quand il neige.

Calendrier de l’Avent – 3

Le ciel est bleu aujourd’hui, un bleu féroce, acide, glacé. Il fait froid. Mais pas un froid léger, apaisant : un froid piquant, qui s’insinue sous les manteaux, les écharpes et les bonnets.

Quand il respire, une douce fumée blanche sort des narines de Camille. Même s’il tremble un peu à cause de la température, il est calme. Le jeune homme avance tranquillement dans la rue, les mains dans les poches, pour se rendre à son travail. Tous les matins, il prend de l’avance, pour pouvoir se détendre le temps du trajet, en faire une promenade. Et prendre son temps.

Non, vraiment, il n’a pas hâte d’être à nouveau au milieu du bruit des caisses enregistreuses, des courses que l’on pose, que l’on reprend, des enfants qui braillent et des vieux qui s’énervent. Il s’en passera encore un petit peu.

Il marche le long de l’avenue qui mène au supermarché dans lequel il travaille, et pense. Il a l’esprit ailleurs.
Quand on le regarde vaguement, il est comme tous les jeunes hommes de son âge, un peu séducteur, plutôt mignon. Mais si l’on prend la peine de s’attarder sur son visage, on s’aperçoit que ses traits sont tirés, qu’il semble éreinté. Comme s’il portait une charge trop lourde pour son âge. Comme s’il avait une responsabilité trop pesante.
Mais rien en lui ne se révolte. Il est calme.

D’autant plus que c’est bientôt Noël. On se réjouit, normalement, à Noël.

Calendrier de l’Avent – 1

Les nuages occupent le ciel depuis plusieurs jours maintenant. Ils prennent tout l’espace, sans vouloir laisser la place à un seul rayon de soleil, aussi mince soit-il. Cela fait presque une semaine que l’on n’a pas vu un petit bout de bleu ; la pluie menace sans jamais vraiment s’imposer.
Et Lou attend. On le lui a dit : le premier décembre, normalement, il neige. Décembre, c’est le mois de Noël, le mois des cadeaux, des marrons chauds, mais surtout, décembre, c’est le mois de la neige. Alors elle est postée devant sa fenêtre depuis le matin, grimpée sur un tabouret pour être assez haute. Mais elle en a un peu marre : il est bientôt midi et toujours aucun flocon en vue. Son visage affiche une petite moue boudeuse, ses yeux se fâchent et deviennent tout noir. Elle s’apprête enfin à redescendre de son tabouret, quand elle aperçoit un point blanc qui voltige dans l’air.
Elle marque un moment d’arrêt, ses yeux s’arrondissent et sa bouche s’entrouvre : « Oooh… « . C’est le premier flocon de l’hiver. Alors elle descend de son perchoir en sautant, traverse sa chambre, le couloir, dévale l’escalier et sort dans le jardin.
Elle saute dans tous les sens en gambadant, chante de joie : « Il neige, il neiiiiiige ! ». Son pyjama rose trop grand pour elle ondule dans sa danse, le vent ébouriffe ses cheveux. Comme s’ils l’avaient entendue, les flocons se font de plus en plus nombreux. Ils font mille détours avant de toucher terre, ou de se lover dans les douces mains de l’enfant. Lou sourit, émerveillée. Elle l’a tant attendue, cette neige promise, quel bonheur de pouvoir enfin la voir, la sentir fondre sur sa langue !
« Lou, ma puce, rentre, tu vas attraper froid ! » Alors la petite fille chuchote un mot d’au revoir à sa nouvelle amie, et retourne à l’intérieur de sa maison, au chaud. Elle remonte dans sa chambre, escalade à nouveau son tabouret, et s’appuie contre la vitre : c’est bientôt Noël.

Calendrier de l’Avent – Projet

Hier, je me suis aperçu que c’était bientôt le mois de Décembre. Ce mois, pour beaucoup d’entre nous, signifie calendrier de l’Avent, et donc chocolats pour petits et grands (même moi, je n’échappe pas à cette gourmandise).

Je me suis alors dit que j’aimerais, moi aussi, faire un calendrier de l’Avent. Je vois vos airs affamés d’ici : non, non, je ne vous enverrai pas de chocolats à chacun, ce serait trop cher ce ne serait pas bon pour votre santé ! J’ai donc décidé de publier, chaque jour, à 6h30, et ce jusqu’à Noël, un texte de l’Avent, comme un petit chocolat du matin.

En espérant que vous l’apprécierez, et le partagerez avec ceux que vous aimez.