Le départ

Tu sais, on l’a promis, on se reverra.
La fin, ça arrive d’un coup, tu ne l’as pas sentie venir et elle est déjà là, elle t’attend là-bas, au bout du chemin. Elle t’a sauté dessus alors que tu commençais à peine à peindre tous ces visages dans ton cœur. Il y en avait des visages, de toutes les nuances du monde, de toutes les humeurs de la terre. Mais déjà il faut les remplacer, les mettre de côté pour retourner avec ton quotidien. Mais il n’effacera pas ces regards. Pas ceux-là.
Alors oui, ça tord le cœur et ça inonde ton visage, mais tu sais que tu as vécu. Durant ces quelques poignées d’heures, tu as vécu comme personne avant toi, tu as vécu de ces regards, de ces sourires et de ces mots que l’on t’offrait. Tu as découvert tant d’humains -tant d’humain.
Alors oui, ta voix tremble de ne pas trouver de mots à la hauteur, ton corps se tend de peur de rater cette dernière étreinte. Et ton regard cherche à capturer les derniers fragments de bonheur qui te glissent entre les doigts. Saisis-les et enfuis-toi avec, cache-les dans un vieux coffre en bois à l’abri au creux de tes mains. Lorsque le monde te semblera fade tu iras t’y perdre, tu nous retrouveras comme si nous venions de nous quitter et nous irons rire de ceux qui pensent que la vie est sérieuse.
Tu sais, on se reverra.

Amour

Il m’envole, m’enveloppe, me fait m’élever. Ses bras cruels me caressent, un sourire, soupir s’échappe de mes lèvres ; son étreinte chaude me fait fermer les yeux et ma tête tourne. Je ne suis plus rien, emmenée dans son jeu sans fin, prisonnière des sourires, des rires et des joies qu’il invente. Que de bonheurs, que d’euphorie me tourmentent à chaque instant. La nuit autour de moi me délivre peu à peu, le jour se lève et observe mes larmes. Mais lui est toujours là, il me protège, m’apaise, me déchaîne parfois, souvent. Mon cœur sans cesse oscille entre le noir et le blanc, le mal et le bien, le jour et la nuit. Je n’en peux plus, j’en veux encore.

Bientôt, un article qui explique beaucoup de choses sur ce petit texte, du moins ma façon de le voir. N’hésitez pas à laisser vos réactions, avis, critiques.

Calendrier de l’Avent – 8

            Le samedi, c’est le jour des achats, et cette tradition se confirme tout particulièrement à l’approche du 25 Décembre. Toute la ville se donne rendez-vous dans les magasins bondés pour trouver les cadeaux de ses rêves.

            Le samedi, pour Gabrielle, c’est un jour où elle existe encore moins que le reste du temps. Les gens ne veulent pas voir la pauvreté quand ils dépensent leur argent. Ils ne veulent pas la laisser entrer dans leur vie, qu’elle les fasse culpabiliser. Ils ne veulent pas se sentir concernés, ou même responsables. Alors, ils l’ignorent, complètement.

            « Bonjour ! »

Surprise, Gabrielle relève la tête.

            « Bonjour ! répète une silhouette emmitouflée dans un manteau, duquel dépasse uniquement deux yeux bleus et des boucles brunes,

–         Euh… bonjour ?

–         Jambon blanc ou jambon cru ?

–         Pardon ? interroge Gabrielle, perdue,

–         Jambon blanc ou jambon cru dans ton sandwich ?

–         Euuuh…

–         Bon, du blanc, ça te va ?

–         Oui, bien sûr, mais…

–         Tiens moi ça, je reviens. »

La jeune fille –car c’en est une- s’éloigne rapidement, laissant Gabrielle interdite, deux tasses de chocolat chaud dans les mains. Elle n’a même pas le temps de remettre de l’ordre dans ses pensées que l’adolescente est revenue, un sandwich dans chaque main.

« Tiens, celui-là, c’est pour toi, et celui-là, c’est le mien. Je peux m’assoir ? »

Gabrielle acquiesce, mais ne sait pas quoi dire. La remercier ? Lui demander la raison de son geste ?

            Le silence s’installe. L’adolescente commence à boire son chocolat et mord dans le pain, d’où dépassent d’épaisses tranches de jambon et de fromage. Gabrielle a bien envie de faire de même, mais n’ose pas. Pourquoi cette bonté, soudainement ? Pourquoi ce geste inhabituel, inattendu ? Elle sait qu’elle fait parfois pitié à quelques passants, bien que la plupart ne daignent même pas lui accorder un regard, mais aucun n’est jamais venu lui parler, et encore moins lui offrir quelque chose.

            Quelle est la raison de son geste ?

            L’adolescente a déjà fini son repas. Elle se tourne vers Gabrielle, et, surprise, lui demande : « Tu ne manges pas ? »

            Cette dernière hésite avant de répondre : « Si… mais, je peux te poser une question ? Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? Et… comment est-ce que tu t’appelles ?

            – Oh, moi, c’est Marion, désolée de ne pas m’être présentée plus tôt… pourquoi est-ce que je suis venue te voir ? Je ne sais pas, je te regarde depuis si longtemps, à chaque fois que je passe dans cette rue, je te vois et je me demande ce que tu penses, comment tu te sens. Et, comme c’est bientôt Noël, je me suis dis que je ne pouvais pas te laisser seule, même si je ne te parlais que le temps d’un repas. Alors j’ai pris mon courage à deux mains, et je suis arrivée. Un peu brusquement, j’étais gênée.»

           Alors, Gabrielle sourit et mord dans son sandwich. Les deux filles se regardent, et sans parole superflue, comprennent que le geste de l’une a fait le bonheur des deux. Et même si elles ne sont réunies que pour une heure ou deux, quelque chose s’est brisé dans leurs deux cœurs ; elles n’ont plus peur de l’inconnu, de l’autre.

            C’est bientôt Noël, et toute l’après-midi, deux silhouettes discutent, assises sous un porche, le plus naturellement du monde.