Stade 4

Une nouvelle forte et intense d’après ceux qui l’ont déjà lue…

Stade 4

Mon corps engourdi reprend connaissance tout doucement. J’essaie de me redresser pour voir dans quel état je suis, mais je ne ressens rien, mes muscles ne répondent plus : je n’arrive pas à me soulever. J’ai mal, enfin, je crois. Je veux hurler : mes lèvres restent impassibles, elles refusent de laisser passer le moindre son. C’est incompréhensible. J’essaie de bouger, ne serait-ce qu’un peu, j’essaie même de tomber, de faire du bruit, de me convaincre que j’existe encore.

Au dessus de moi, un faux plafond, sûrement blanc à l’origine, un peu jauni aux angles. De fines craquelures le zèbrent. Mes yeux ne veulent toujours pas remuer, je ne vois pas les murs. Dehors, des talons affairés claquent et des voix s’interpellent. Je ne me rappelle de rien. Je sens mon corps vivre grâce aux sifflements des machines : pour chaque respiration, pour chaque battement de cœur, un bip vient m’annoncer que je ne suis pas en train de mourir. L’orchestre électronique me maintient en vie. Que m’est-il arrivé ?

Je crois que j’étais partie sur un coup de tête, ce soir-là, à moto dans la campagne. Une nuit de plus à rouler, à défier l’obscurité pour me défaire de ma colère. Mais je n’ai pas gagné, cette fois-ci

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La porte s’ouvre, j’entends deux pas, légers, féminins sans doute. Les présences s’approchent, mes yeux s’ouvrent. L’une d’elles, cheveux blonds attachés, est penchée au dessus de moi, la main sur mon visage : c’est elle qui m’a rendue la vue. Je distingue le sien, qui me paraît jeune, fatigué, peut-être un peu triste. Je dois être une de ses dernières patientes, à en juger par ses cernes, ses traits éreintés. Elle me dit que tout va bien se passer et s’éloigne pour remplir une fiche. L’autre voix, sèche, égrène point par point des paramètres médicaux qui sont sûrement les miens :  » Respiration, OK. Tension à 12/8, stable. Rythme cardiaque à 72, stable. Pas de réflexes.  » Des mots jetés sur une feuille de papier, qui donnent grâce à une équation presque mathématique, mon état de santé.

« Coma stade 4. « 

Le stylo de ma première infirmière arrête de gratter la feuille de soins. Lire la suite

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Le violon

Le violon

La pièce est presque vide. Au centre se trouve une simple table, sur laquelle un étui est posé.

La porte s’ouvre. Une jeune femme entre d’un pas discret, et s’avance vers le milieu de la salle. Elle s’arrête au niveau de l’étui, semble réfléchir longuement. Puis elle décide qu’il est temps, pose sa main sur le tissu noir. Son corps paraît parcouru de frissons, de légers tremblements comme si elle entendait un coeur battre, qu’elle sentait la vie, ici, sous sa main. Ses doigts fins glissent sur la boîte et saisissent la fermeture.

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