Le Goulag

Un autre texte écrit en club écriture, à partir d’un extrait du roman d’Alexandre Soljenitsyne, Une journée d’Ivan Denissovitch.

La neige ne lâchait jamais vraiment l’affaire, en Sibérie. Peut-être que c’était pour punir tous ceux qu’on envoyait là, s’était un jour dit le plus jeune des gardiens. Peut-être que c’était pour étouffer leurs voix, pour les faire taire parce qu’ils cherchaient à détruire le pays. Peut-être que c’était pour les ensevelir sous la poudreuse, les cacher afin que le monde ne les aperçoive pas, parce qu’ils auraient fait tâche. Peut-être que c’était pour ajouter à leur peine. Ou peut-être que c’était juste comme ça, et qu’il ne fallait pas chercher plus loin. Lui, le jeune gardien, il ne savait pas trop ce qu’il foutait là. C’était bien payé et puis même si on se pelait, la bouffe n’était pas mauvaise. Puis, ils étaient drôles, tous ces gars, à creuser, avec leurs mines grises et mornes. Ça faisait de l’animation.

Puis, de toute façon, c’était pas tellement bon de se poser des questions, comme ça, d’essayer de réfléchir. Il fallait qu’il fasse attention, il allait finir par se retrouver au Goulag.

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Poétique, imagé

En écriture, l’autre soir, on devait choisir deux mots pour décrire le style d’un auteur que l’on appréciait puis en faire un texte. Ou quelque chose comme cela. Je m’excuse d’avance de la taille de celui-ci, je n’étais pas du tout en forme.

L’enfant ferme les yeux.

Le vieil arbre au fond du jardin est un escalier vers le ciel sombre et ses étoiles, pièces d’argent égarées dans le ciel par un rêveur distrait. Il tend la main, déplie ses minuscules doigts et caresse la voie lactée, se perd dans le velours de la nuit. Il attrape une lumière et la libère aussitôt, doucement brûlé par sa blancheur. Alors il plonge entre les constellations, s’endort.

Un nuage passe devant la Lune.

Prison dorée

Un texte que j’ai retrouvé dans mes tiroirs, dix mots imposés si je me souviens bien, à vous de me dire s’ils se remarquent.

Ça lui était tombé dessus, d’un coup, un soir d’été. Il avait bien essayé de se protéger, de détourner le regard : il savait pourtant que ça ne le lâcherai pas de sitôt. Mais rien n’y avait fait.

Derrière sa maison de vacances se trouvait un jeune bois percé d’une clairière, dans laquelle était bâti un vieil atelier. On ne savait plus trop à qui elle appartenait, cette cabane envahie par les oiseaux. Il fallait dire que le lieu avait un certain cachet, parsemé de fleurs, blotti dans l’écrin des arbres : aucun vis-à-vis, pas de voisins bruyants, c’était la demeure idéale. Alors, souvent, il allait s’y réfugier lorsqu’il voulait un peu de calme, loin des groupes de jeunes qui s’agitaient sur la plage. Contrairement à tous ceux de son âge, il n’aimait pas faire partie d’une équipe, d’un clan ; il préférait évoluer en solitaire, au gré de ses envies. Jusqu’à ce jour.

Quand il s’était approché de son refuge, il avait entendu un son ; quelque chose de grave, comme une voix d’homme. Un peu effrayé, il s’était tout de même avancé et ce qu’il avait vu l’avait fasciné : devant l’atelier était posé un poste de radio et un bouquet de fleur sauvages. Mais surtout, un peu plus loin, une jeune fille dansait. Ce qu’il avait pris quelques minutes auparavant pour une voix était en fait la chaude caresse d’un violoncelle, qui enveloppait la danseuse comme un homme l’aurait fait, avec un savoir-faire unique. Et, dans sa poitrine, ce fut comme un coup de foudre d’une force incroyable : son cœur se mit à palpiter plus fort, un frisson intense parcourut son être.

Il fut soudain jaloux de l’instrument, et, sur un coup de tête, alla couper le chant de son rival en arrachant l’alimentation. Silence. La belle danseuse s’était arrêtée net, le dévisageant avec un air mêlé de peur et de surprise : il l’avait prise dans ses bras et ils ne s’étaient jamais plus quittés. Voilà comment il avait rencontré, un soir d’été, son premier et son dernier amour, celle qui lui avait volé sa liberté et son cœur.

Amour

Il m’envole, m’enveloppe, me fait m’élever. Ses bras cruels me caressent, un sourire, soupir s’échappe de mes lèvres ; son étreinte chaude me fait fermer les yeux et ma tête tourne. Je ne suis plus rien, emmenée dans son jeu sans fin, prisonnière des sourires, des rires et des joies qu’il invente. Que de bonheurs, que d’euphorie me tourmentent à chaque instant. La nuit autour de moi me délivre peu à peu, le jour se lève et observe mes larmes. Mais lui est toujours là, il me protège, m’apaise, me déchaîne parfois, souvent. Mon cœur sans cesse oscille entre le noir et le blanc, le mal et le bien, le jour et la nuit. Je n’en peux plus, j’en veux encore.

Bientôt, un article qui explique beaucoup de choses sur ce petit texte, du moins ma façon de le voir. N’hésitez pas à laisser vos réactions, avis, critiques.