Migrations

Quelques lignes, quelques mots suffisent pour en dire long.

                Le petit bateau se balance au creux des vagues sombres. Rougi par le soleil couchant, le ciel est empli de nuages. Il va bientôt faire nuit. Des centaines de corps sont entassés sur l’embarcation, tous serrés, agrippés les uns aux autres pour ne pas tomber. Et surtout, tous silencieux.
Un oiseau, deux oiseaux : tout un vol apparaît. Sur le petit bateau, une minuscule voix s’élève :
«Maman, ils vont où eux ?
-En Europe, pour l’été… Ils migrent…
– Et nous, on va où ? »
La question reste sans réponse, et la femme serre un peu plus son enfant contre elle. Dans la pénombre, elle regarde les oiseaux, ses yeux se brouillent de larmes.

Publicités

Défi #2 Flaf

Image proposée par Flaf, sur la page Facebook du blog.

Image proposée par Flaf

A côté de la porte, pendue à la fenêtre, une plante déploie ses multiples tiges. Sa cascade de feuilles vertes coule le long d’un pot en bois, parsemée d’étoiles scintillantes, roses, orange, jaunes. Les volets vert, entraînés par le vent, battent doucement les secondes contre le mur. La maison a l’air endormie. Quelques pas m’entraînent vers la porte massive : j’hésite. Dois-je troubler cette belle tranquillité ? Je monte les marches, et en appuyant sur la sonnette ma main tremble un peu.
Elle sera sûrement contente de me revoir.

Défi #2 Claude

Photo envoyée par Claude

Un avion pour le moins étrange...

« Tu penses qu’il va décoller ?
– Je l’espère. C’est notre seule chance. »

Derrière un buisson, les deux ombres sont immobiles, indécelables dans l’obscurité.

« Pourquoi ils ont pas pris un avion plus récent ?
– Tous sous clé. C’est le seul qu’ils ont réussi à dégoter, dans un vieux hangar au fond de la base. »

L’avion se présente en bout de piste et tourne une dernière fois pour se mettre dans l’axe, poussé par plusieurs hommes. Puis ils remontent tous dans l’appareil, sans un bruit.

 » ‘Tention, ils vont démarrer le moteur. Ce sera à nous d’intervenir si les gardes sortent. »

A l’intérieur de l’avion le pilote actionne la manette des gaz. Son visage est crispé, son geste anxieux.
Dehors, les deux ombres sursautent quand les premiers tressautements se font entendre. Les hélices hésitent, et se mettent enfin à tourner à pleine vitesse. Les freins sont ôtés, et le colosse s’élance à l’assaut des quelques kilomètres de goudron. Il roule, de plus en plus vite. Des lumières s’allument dans les bâtiments. Le moteur, poussé à bout, gronde. Des voix, furieuses, hurlent. L’avion se cabre.

« Allez, décolle, décolle !
– Mais pourquoi il décolle pas ?! »

Comme s’il les avait entendu, l’appareil fait un ultime effort, et son train arrière se détache péniblement du sol. Un peu plus loin sur la base, des portes claquent. Il s’élève peu à peu dans le ciel. Des pas martèlent le sol, et on entend des coups de feu. Caché par un nuage, les fugitifs disparaissent…

« On a réussi, c’est bon !
– Maintenant, on s’tire, on s’tire ! »

Deux ombres détallent, et disparaissent dans la lande.

Défi #2 Le maniaque de la sauvegarde

La Bretagne, ça vous gagne !

Image proposée par Le maniaque de la sauvegarde.

C’est calme. Seul quelques mouettes viennent rompre le silence, de leurs longs cris. Devant moi, les bateaux, échoués, attendent la mer qui viendra les sauver. Dans leurs chambres, les enfants, endormis, rêvent de tempêtes et de navires. Sur la plage, tout est calme. Cela fait du bien, un peu de silence et de sérénité. Le ciel est bleu, parsemé de quelques doux nuages que le vent pousse avec lenteur; il n’a pas plu aujourd’hui.

La mer remonte, petit à petit, je la vois s’avancer vers moi. Elle reprend possession de son territoire, grignotant à chaque avancée un petit bout de plage. Les coquillages amarrés aux rochers s’ouvrent, les oiseaux quittent le sable, et les algues ondulent sous le courant.

Je me lève. Il faut aller réveiller les enfants, l’après-midi ne fait que commencer.

Défi#2 Alexis

Première participation au défi numéro deux, une image d’Alexis !

Image proposée par Alexis

Mes pales vermoulues tournent avec lenteur dans le vent déchaîné. Je lutte pour rester debout encore un peu, je veux juste un instant de plus me dresser dans le ciel.

Autrefois j’étais leur richesse, leur compagnon de tous les jours, ils n’auraient pu imaginer la vie sans ma présence. Les hommes entraient avec d’énormes sacs de blés, repartaient avec de la farine. Je les nourrissais, ils mangeaient du pain grâce à moi ! Et ils m’aimaient, les enfants, l’été, cherchaient de la fraîcheur dans mon ombre. Souvent, une famille venait déjeuner à mes pieds, sur une grande nappe à carreaux. Je me rappelle aussi du vacarme de mes entrailles, des cris des meunier, et du long pèlerinage de charrettes que je voyais se perdre derrière les collines, tant ma renommée était grande.

Certains disent qu’il n’est pas bon de trop se souvenir. Mais c’est tout ce qu’il me reste, car depuis que la guerre a éclaté, je suis seul. Ils sont tous partis, tous. Mais moi je suis resté.

Et maintenant, je tente de survivre à chaque rafale de vent chargée de poudre, de rester debout, coûte que coûte. Et j’espère les revoir, j’espère qu’un jour ils se souviendront de moi, que je n’aie plus à lutter, que tout soit comme avant…

Froid

Parfois une image peut provoquer une vague d’émotions…

Elle se mord les lèvres. Autrefois pulpeuses, brillantes, désirables, ce ne sont plus que deux bouts de peau gercées, deux plaies ouvertes. Ses grands yeux bleus se lèvent vers le ciel. D’ailleurs ils en ont la couleur, de ce plafond sans fin, sans nuages pour conserver un peu de chaleur. Le soleil est presque blanc, comme s’il était lui aussi recouvert par la neige, par le froid. Ses pauvres petits rayons ne chauffent rien, ils éclairent juste la vaste plaine déserte. Pas âme qui vive. Personne. Ou bien ils sont morts.
Elle se retourne vers son compagnon, épuisée:
« Ne devrait-il pas y avoir un village ?
-Si… »
Mais il n’y a rien. Juste une blancheur infinie, désespérante…
Les mains glacées de la jeune femme, enserrées dans des gants de fourrures percés, serrent un peu plus les rênes. Ses jambes, gelées elles aussi, se contractent contre le flanc de sa monture.
« Ils faut avancer quand même mon Amour » annonce l’homme qui se rapproche d’elle, et pose délicatement une main sur les siennes.
Les deux chevaux partent au pas, exténués.