Le contrôleur

En ces vacances d’hiver, je vous souhaite de joyeuses fêtes -celles que vous voulez- et de passer de beaux moments avec ceux que vous aimez. Ici, un petit texte inspiré par un contrôleur, lors d’un de mes nombreux voyages en train.

« Bonsoir, prenez-vous une correspondance à Paris ? C’est votre destination finale ? »

Armé d’un bloc-note et d’un stylo, l’homme en uniforme de contrôleur passe au voyageur suivant. Il a à peine écouté la réponse, ignoré les questions : il faut se dépêcher.

« Bonsoir, prenez-vous une correspondance à Paris ? C’est votre destination finale ? »

Il note des noms, caresse d’encre bleue le papier presque blanc ; son stylo à bille dessine rapidement des lettres, tel celui d’un médecin rédigeant des ordonnances. On peine à le lire.

« Bonsoir, prenez-vous une correspondance à Paris ? C’est votre destination finale ? »

Le trait se fait plus nerveux : le train est en retard, en retard, en retard. Cinq minutes, puis dix, vingt, trente, tout s’accumule et la pression monte, les passagers se tendent, le contrôleur ramasse.

« Bonsoir, prenez-vous une correspondance à Paris ? C’est votre destination finale ? »

Il faut appeler, noter, consigner, retarder, réserver, annuler, attraper, décommander, négocier, demander, supplier, s’arranger, accepter…

« Bonsoir, prenez-vous une correspondance à Paris ? C’est votre destination finale ? »

Entre deux voitures du train à grande vitesse, il ajuste sa casquette d’un coup sec avant d’aller interroger d’autres passagers. Il n’a pas de temps à perdre, hors de question de s’accorder une pause, il y a bien trop de choses en jeu.

« Bonsoir… »

Mais derrière lui la porte de la voiture s’ouvre et on le tire doucement par la manche et il se retourne ; sans se laisser démonter il poursuit sa quête auprès des deux infirmières qui lui font face.

« Bonsoir, prenez-vous une correspondance à Paris ? C’est votre destination finale ? »

Très calmes, elles l’emmènent à l’écart sous le regard chagriné de deux autres contrôleurs : « Pauvre Maurice, ça fait deux mois qu’il est en arrêt maladie, mais il revient presque tous les jours. Tu te souviens le Nice-Paris qui avait eu 58 heures de retard ? C’était lui, et je crois bien que c’est cela qui l’a marqué. Il ne sera plus jamais le même… » Un dernier regard à leur collègue et les deux hommes s’en vont afin de terminer le contrôle des billets de la liaison Bordeaux-Bergerac.

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2 réflexions sur “Le contrôleur

    • Vendredi dernier, j’ai entendu un contrôleur demander ça à pleiiiiin de passagers, et cette explication m’est venue :) C’est une théorie parmis d’autres !

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