Prison dorée

Un texte que j’ai retrouvé dans mes tiroirs, dix mots imposés si je me souviens bien, à vous de me dire s’ils se remarquent.

Ça lui était tombé dessus, d’un coup, un soir d’été. Il avait bien essayé de se protéger, de détourner le regard : il savait pourtant que ça ne le lâcherai pas de sitôt. Mais rien n’y avait fait.

Derrière sa maison de vacances se trouvait un jeune bois percé d’une clairière, dans laquelle était bâti un vieil atelier. On ne savait plus trop à qui elle appartenait, cette cabane envahie par les oiseaux. Il fallait dire que le lieu avait un certain cachet, parsemé de fleurs, blotti dans l’écrin des arbres : aucun vis-à-vis, pas de voisins bruyants, c’était la demeure idéale. Alors, souvent, il allait s’y réfugier lorsqu’il voulait un peu de calme, loin des groupes de jeunes qui s’agitaient sur la plage. Contrairement à tous ceux de son âge, il n’aimait pas faire partie d’une équipe, d’un clan ; il préférait évoluer en solitaire, au gré de ses envies. Jusqu’à ce jour.

Quand il s’était approché de son refuge, il avait entendu un son ; quelque chose de grave, comme une voix d’homme. Un peu effrayé, il s’était tout de même avancé et ce qu’il avait vu l’avait fasciné : devant l’atelier était posé un poste de radio et un bouquet de fleur sauvages. Mais surtout, un peu plus loin, une jeune fille dansait. Ce qu’il avait pris quelques minutes auparavant pour une voix était en fait la chaude caresse d’un violoncelle, qui enveloppait la danseuse comme un homme l’aurait fait, avec un savoir-faire unique. Et, dans sa poitrine, ce fut comme un coup de foudre d’une force incroyable : son cœur se mit à palpiter plus fort, un frisson intense parcourut son être.

Il fut soudain jaloux de l’instrument, et, sur un coup de tête, alla couper le chant de son rival en arrachant l’alimentation. Silence. La belle danseuse s’était arrêtée net, le dévisageant avec un air mêlé de peur et de surprise : il l’avait prise dans ses bras et ils ne s’étaient jamais plus quittés. Voilà comment il avait rencontré, un soir d’été, son premier et son dernier amour, celle qui lui avait volé sa liberté et son cœur.

Publicités

2 réflexions sur “Prison dorée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s