Un poireau, ou La vérité sur ce qu’il se passe dans votre frigo

Je change un peu de registre, le temps d’un texte

Il fait un peu froid aujourd’hui, et surtout tout sombre. Le climat se dérègle mes pauvres amis ! Je tousse légèrement.
« Tu vas voir, tu vas t’habituer. » Je me retourne : une vieille carotte toute ridée me regarde tendrement.
« On a un peu froid, au début, mais on s’habitue tous. » Je lui demande depuis combien de temps elle est ici : « Depuis au moins cinquante repas mon petit, me répond-t-elle toute fière. Je suis la doyenne de ce frigo !
– Tout le monde t’a oublié, dehors ! Et avec ta sale tête, personne ne voudra te manger, et tu resteras là jusqu’à ce que tu pourrisse et qu’ils te jettent !
– Oui chef !
– Bien dit chef !
– On est tous d’accord avec vous chef ! »
Une énorme pomme de terre s’avance, suivie de plusieurs autres.
« Si tu l’écoute, petit, tu finiras dans la soupe ou à la poubelle. Rejoins-nous pour t’évader : nous sommes… le Gang des Patates ! »
Soudain les pommes de terres s’alignent et commencent à enchaîner les figures avec des cris suraigus. L’une d’elles fait un saut vertigineux et s’écrase avec un bruit mou.
« Purée, Jeanine, on avait dit pas de double périlleux ! »

A l’étage du dessus, deux voix énervées se font entendre : « Bon, c’est pas bientôt fini ce vacarme ? On essaie de dormir là !
– C’est toi qui dit ça, avec le bruit que tu fais en ronflant ?
– Moi, ronfler ? Jamais !
– Si, je t’ai entendu, l’autre soir ! »
Les tomates à côté de moi me renseignent : « Ce sont les fraises, ça. Un vieux couple de grincheux dont tout l’étage des fruits se plaint.
– Et vous alors, vous êtes des fruits ou des légumes ?
– Ben, on sait pas trop. La femme nous met tout le temps à l’étage des légumes, parce qu’elle dit qu’on nous mange en tant que tels, mais à chaque fois que l’homme passe il nous remonte. On ne sait pas trop qui a raison. »

On entend des pas. Le Gang des Patates se prépare à évacuer, les tomates ont un mouvement de recul mais une carotte les rassure : « Ce ne sont pas des pas d’adultes, c’est le petit qui vient encore jouer avec la lumière du frigo. »
En effet, la porte s’ouvre tout doucement, la lumière s’allume. Elle se referme, la lumière s’éteint. Jour, nuit, jour, nuit, jour, nuit… Les tomates, hypnotisées, fixent l’ampoule avec des yeux grand ouverts : « Ooooooh ! » Les pommes de terres avancent, reculent, avancent, reculent, sans avoir jamais assez de place pour sauter.

« Junior, arrête de jouer avec la porte, aide moi plutôt à préparer la soupe ! »
La porte s’ouvre, une pomme de terre crie : « Allez les filles, on y va, GO GO GO GO GO ! »
Les unes après les autres, elles roulent et tombent hors du frigo, s’arrêtant quelques pas plus loin.
« Qui a encore mal calé les pommes de terres ? »
Tiens, ce ne doit pas être leur première tentative d’évasion.
« Junior, passe moi le poireau s’il te plaît. »
On m’attrape, et j’aperçois le couteau brillant que tient la mère. Noooon, pas la soupe, pas la soupe !

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