Lettre à un professeur

L’autre jour, durant un atelier d’écriture, l’exercice était de continuer une lettre d’Arthur Rimbaud à son professeur, lequel lui reprochait de mener une vie de débauché. J’ai relevé le défi.

Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ?

Parce que quand je vois, monsieur, ce que deviennent les professeurs bien rangés, cela ne me donne pas envie de suivre leur voie. Tous ces gens, immobiles, englués dans un vague sentiment de satisfaction… mais satisfaits de quoi ? De rester à la place où on les a, il y a longtemps, déposé; de patiemment attendre que la poussière qui déjà les couvre les fasse disparaître, et qu’on les laisse, seuls, tranquilles ? Je ne vois rien de valorisant à rester enfermé dans cette cage, immobile.
Non, je ne veux pas de cette vie là. Je me révolte, je m’agite: je refuse de perdre un seul instant de mon existence. La meilleure façon d’éviter de subir le même sort que vous, monsieur, c’est de me plonger tout entier dans la précipitation de la jeunesse. Je vis avec les verres qu’on m’offre et les filles qu’on me paie: je profite de tous les plaisirs qui me sont donnés. Je découvre des choses merveilleuses, des sentiments extrêmes qu’une antiquité au coeur fossilisé ne pourrait même pas imaginer ressentir. Alors oui, peut être pensez vous que je m’y perds, que je ne suis rien, mais alors vous ne connaissez  -et ne connaîtrez jamais- le bonheur d’être en vie.
Certes, je m’encrapule, mais je suis un homme heureux. Heureux et vivant.

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